Journalisme d’entreprise : communicant ou reporter ?
Oct16

Journalisme d’entreprise : communicant ou reporter ?

Sous l’effet conjugué d’une crise de la presse et de l’importance croissante des audiences pour les entreprises, journalisme et communication connaissent une hybridation progressive qui accouche d’une figure nouvelle : le journaliste d’entreprise.   Le Richmond Standard : local et partial ? Janvier 2014. Un nouveau site Web d’informations au pitch savoureusement alléchant est lancé. Le Richmond Standard, qui comme son nom l’indique couvre l’actualité de la ville de Richmond, aspire à montrer sous son meilleur jour cette ville de 100,000 habitants de l’Etat de Californie. Problème : ce site est détenu à 100% par le groupe pétrolier Chevron, propriétaire de la raffinerie de Richmond qui avait déjà été accusé de polluer le ciel de la ville avec des fumées nocives. Et Chevron ne se prive pas, bien sûr, de véhiculer ses messages à travers ce nouveau medium. L’histoire nous est contée par le Los Angeles Times, qui critique le ton évidemment complaisant des “reporters” du Richmond Standard à l’égard de Chevron. Une vision catastrophique ne s’intéresse pas assez finement à un nouveau phénomène. Les corporate journalists, ou journalistes d’entreprises, sont-ils le produit d’une hérésie inadmissible ou représentent-ils le futur du journalisme ?   Journalisme d’entreprise : définition Pour chaque journaliste, il existe 4.6 experts en relations publiques, avec en moyenne un salaire 65% fois plus élevé. Etourdissant ? Certes. Mais il faut dépasser ce chiffre pour mieux en saisir les enjeux : petit à petit, les métiers de communicants et de journalistes sont progressivement en train de se rapprocher. Une gabegie pour les journalistes pur jus, sempiternels meilleurs ennemis des agences de relations publiques, tant leurs rapports, souvent plus cordiaux qu’on ne veut l’admettre, sont entrecoupés de “je t’aime, moi non plus”. Jusqu’à aujourd’hui, personne n’aurait pu prédire l’hybridation progressive de ces deux corps en apparence rivaux, mais il s’agit pourtant d’une conséquence inattendue de la montée du Web comme espace d’information. D’où la naissance de cette catégorie hybride : celle de journaliste d’entreprise. Le Financial Times n’hésite pas à parler d’”invasion“. Mais si l’on devait se borner à une définition, on pourrait faire sienne celle du cabinet de recrutement FireHead, pour qui le journalisme d’entreprise est “un secteur niche du marketing de contenu qui consiste à appliquer les techniques, l’approche et l’état d’esprit journalistique dans le but de produire du contenu corporate“. Firehead poursuit en nous donnant trois exemples concrets : Le journalisme d’entreprise interne, ou en agence: c’est le cas du blog Eloqua de Jesse Noye, ancien reporter du Boston Herald. Le but de ce journaliste est de produire un contenu professionnel, en se basant sur les informations détenues par l’entreprise. Qui de mieux en effet qu’un journaliste pour produire des articles de qualité, qui racontent une histoire...

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