Réseaux sociaux : ces biais que l’on feint de ne pas voir
Sep25

Réseaux sociaux : ces biais que l’on feint de ne pas voir

Un livre blanc visant à améliorer la représentativité des réseaux sociaux a été publié par des chercheurs anglais. L’objectif ? Essayer de mieux comprendre les « couches de subjectivité » qui biaisent les analyses issues du Web social. Cela fait plus de dix ans que les réseaux sociaux existent et ils continuent de fasciner. Les possibilités offertes par le Web social semblent infinies, ses avatars (de Facebook à LinkedIN, de Twitter à Instagram, de Snapchat à WhatsApp) sont en constante expansion. Cette nouvelle donne, alliée à la rapidité à laquelle l’information se propage, donne le vertige aux générations plus anciennes comme aux nouvelles. Les réseaux sociaux s’invitent désormais partout, au détour d’une émission de télévision, dans les articles de journalistes, dans les sondages, dans la communication des entreprises, des Etats ou des groupes terroristes. Pourtant, en dix ans d’existence, une inconnue demeure encore : ce qui se passe sur les réseaux sociaux est-il représentatif de la réalité ? Une étude pour mieux comprendre l’interconnexion entre Web social et vie réel Qu’entendons-nous par « représentativité du Web social » ? Un exemple simple permet de le comprendre. En 2014, lors du referendum sur l’indépendance de l’Ecosse, si l’on se fondait uniquement sur les réseaux sociaux, le « Oui » aurait dû l’emporter. Ce fut tout le contraire qui se produisit, avec la victoire écrasante du Non. Les réseaux sociaux étaient dans l’erreur, car ils ne s’intéressaient qu’à une fraction de la population. Lire l’étude “The Road to Representivity” en entier Ce n’est pas la première fois que les prédictions du Web sont faussées. A plusieurs reprises, des décalages ont été remarqués ou dénoncés, au point où la représentativité du Web social est devenue un thème d’étude récurrent. Pour cette raison, dans un souci « d’objectivisation » des réseaux sociaux, des professionnels britanniques de Demos et Ipsos MORI ont publié un livre blanc intitulé « The Road to Representivity » dans lequel ils donnent les clefs pour mieux tirer parti des ressources du Web social. Ce qui distingue ce livre blanc d’autres études menées par ailleurs est cette volonté de rapprocher les opinions provenant du « réel » ou du « virtuel », en opposant sondages classiques et analyse des réseaux sociaux. Leurs recherches portaient sur trois thèmes différents : les entreprises, les questions socio-économiques et la vie politique. Au terme de leur étude, les auteurs ont identifié plusieurs « couches de subjectivité » qui introduisent des biais cognitifs qui nuisent à l’analyse. Les questions les plus abordées, en ligne et hors ligne, en février 2015 L’ambivalence de la collecte de données A rebours des outils qui prétendent donner le « pouls » de l’opinion, les chercheurs évoquent à quel point la collecte de données est fondamentalement ambivalente. Deux facteurs s’additionnent pour faire de la...

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Les réfugiés climatiques : un sujet passé inapercu sur Twitter
Avr10

Les réfugiés climatiques : un sujet passé inapercu sur Twitter

Sur Twitter, les migrations de réfugiés climatiques sont encore peu évoquées et manquent cruellement de visibilité. Dans notre étude de cas sur la Cop20, nous analysons pourquoi les experts n’arrivent pas à faire porter leur voix sur le sujet et comment les questions de migrations de réfugiés climatiques sont détournées par des groupes activistes. Plus de vingt ans se sont écoulés depuis le discours fracassant de Severn Suzuki, cette jeune fille de 12 ans qui avait réduit au silence les dirigeants du monde lors du Sommet de la Terre à Rio. Depuis cette entrée remarquée, les enjeux climatiques se sont peu à peu imposés dans la sphère médiatique au rythme des publications scientifiques alarmantes sur la dégradation de l’environnement. 1992 est aussi l’année durant laquelle a été créée la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), à la suite du Sommet de la Terre. Par la suite seront créées les COP (Conférence des parties), communément surnommées conférences pour le climat et dont Paris accueillera la 21è édition en novembre – la COP 21. En amont de la COP 21, notre analyse vise à faire une rétrospective sur la précédente conférence pour le climat, la conférence de Lima ou COP 20, et notamment sur un sujet encore trop peu abordé dans les discussions liées au réchauffement climatique : celui des migrations de réfugiés climatiques.   Notre méthodologie Les migrations climatiques sont les flux des mouvements humains qui sont liés à une catastrophe naturelle. Le terme de réfugiés climatiques ou réfugiés écologiques est généralement utilisé pour décrire les individus qui ont été dans l’obligation de se déplacer. Selon le Norwegian Refugee Council, à l’heure actuelle 22 millions de personnes ont dû quitter leurs foyers en raison de catastrophes naturelles. Un chiffre qui semble être amené à augmenter du fait des activités humaines et de la dégradation du climat. Notre analyse consiste à observer les échanges francophones et anglophones effectués via Twitter sur les migrations de réfugiés climatiques. Il s’agit aussi d’introduire une recherche plus vaste des travaux de recherche d’Emilie Chevalier sur le discours spécifique aux migrations climatiques et aux îles Pacifique, dont l’avenir reste imprécis et fait l’objet de débats. Notre premier objectif a été de comprendre comment les discussions sur les migrations climatiques se sont structurées et quels acteurs ont exercé une forte influence durant la COP 20 et ce dans le but de faire une analyse prospective. Nous avons utilisé la plate-forme d’analyse Visibrain Focus TM afin de nous renseigner sur la façon dont les internautes communiquent sur les migrations de réfugiés climatiques, comme le théorise le courant de recherche des Digital Methods initié par Richards Roger. Le choix de...

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Rumeurs sur le Web : les géants du Net s’organisent
Mar19

Rumeurs sur le Web : les géants du Net s’organisent

Face à l’explosion des rumeurs sur le Web, les géants du Net comme Google, Facebook ou encore Twitter prennent des mesures pour plus de transparence. Les entreprises doivent aussi se saisir de ce problème. Les rumeurs sur le Web se répandent désormais comme des traînées de poudre. Il peut être difficile de les colmater et il n’est jamais certain qu’elles ne reviendront pas sous une version modifiée, à l’aune d’une nouvelle actualité. La désinformation peut circuler en ligne et hors ligne, trompant son monde à l’image de la fausse mort de Martin Bouygues qui a berné l’AFP. Les impacts sur les entreprises, mais aussi les Etats ou les personnes, sont pourtant bien réels. Quelques jours après les terribles attentats du mois de janvier, Le Monde publiait “La Conjuration des crédules”, article à charge contre la « complotosphère » française agissant sur le Web. Celui-ci mettait le doigt sur un phénomène bien connu des professionnels de l’information. Une partie du Web croule sous les rumeurs, en réaction à des évènements d’actualité donnés ou machination orchestrée de toute pièce. La rhétorique est connue, les modes opératoires se ressemblent. Il s’agit le plus souvent de remettre en question la version officielle en tordant le cou aux faits pour les ajuster à la version complotiste ou en soulevant de nombreuses questions en partant du postulat que les réponses proposées sont fausses. Nous avions déjà évoqué comment les rumeurs sur le Web circulent – en se fondant sur une étude de l’écosystème complotiste nationaliste italien sur Facebook. Sans chercher à stigmatiser Internet, il est désormais indéniable que les rumeurs sur le Web ont gagné en visibilité et “viralité” grâce aux réseaux sociaux, aux moteurs de recherche ou aux plateformes éphémères et groupes de discussion sur le Web social. Face à ces dérives, les géants du Net (Google, Facebook, Twitter, Instagram en tête) commencent doucement à organiser une riposte : chasse aux rumeurs sur le Web, aux faux abonnés, aux canulars sur les flux d’actualités… En moins de trois mois, un train impressionnant de mesures a été pris. La vérité sera-t-elle la prochaine métrique des géants du Net ?   Facebook et les faux articles : impliquer les utilisateurs Facebook est certainement le réseau social où fleurissent le plus les rumeurs. Cette “popularité” tient principalement au caractère plus intime et informel des conversations qui entretiennent une logique communautaire des échanges. Ces derniers peuvent être : normés (sous forme d’appartenance à des groupes, groupes secrets ou pages communes) ou… ad hoc (une communauté de personnes partageant les mêmes intérêts, sans association formelle sinon celle de la relation Facebook). Facebook a des atouts de poids qui explique le fait que les rumeurs s’y...

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Swissleaks : Twitter s’intéresse plus aux personnalités qu’aux paradis fiscaux
Fév26

Swissleaks : Twitter s’intéresse plus aux personnalités qu’aux paradis fiscaux

L’affaire Swissleaks a eu un retentissement surprenant. Mais au-delà de l’écho dans la twittosphère française, la crise a-t-elle eu une influence réelle ?   L’affaire Swissleaks, dévoilée suite à une longue enquête d’un consortium de journalistes internationaux, c’est tout d’abord près de 400 000 tweets échangés dans le monde sur le sujet en 72h après les révélations du Monde et des autres journaux partenaires (comme El Confidential en Espagne) le 8 février à 22h : Après une semaine, le total des tweets échangés collectés via le logiciel de veille Visibrain Focus TM est de 440 126. S’agissant d’une enquête internationale, la distribution par langues est intéressante : ce sont de loin les tweets espagnols (38 % du total) et français (30 %) les plus nombreux, les tweets anglais arrivant en 3ème place avec 18 % du total des tweets – pourtant bien aidés par des journaux indiens tel que l’Indian Express (l’Inde est le 3ème pays de provenance des tweets géo localisés). Pas concernés par la fraude fiscale, les anglais et les américains ? Nous en jugerons plus loin. Les communautés francophones, Gad Elmaleh et Swissleaks Un premier coup d’œil sur le tableau de bord de Visibrain Focus TM permet de tirer quelques rapides conclusions sur les Swissleaks. En France, il y a eu 131 812 tweets publiés entre le 7 et le 15 février sur les Swissleaks. Une lecture rapide des messages les plus diffusés et les termes / hashtags les plus mentionnés donne l’impression que les médias décalés tel que Le Petit Journal et Le Gorafi tirent le mieux leur épingle du jeu. Sans oublier bien entendu Le Monde qui a dévoilé le scoop avec notamment un fond de reprise très importante du cas de Gad Elmaleh : Cette tendance est confirmée par : la cartographie des comptes les plus mentionnés (qui correspond donc au “Top Mention” de Visibrain Focus TM), la taille des nœuds qui représentent les comptes Twitter dépendant ici du nombre de fois qu’ils sont mentionnés (via les liens entre eux). Au passage, un détail intéressant émerge d’une analyse plus détaillée : la communauté de @lemondefr, en vert, n’est pas celle de @gadelmaleh, en bleu clair. Cela indique que les reprises les plus nombreuses de la situation fiscale délicate de Gad Elmaleh ne semblent pas venir des tweets du Monde. En regardant simplement les volumes de tweets échangés, il aurait été facile de croire que @gadelmaleh est principalement mentionné via Le Monde, mais la cartographie nous indique que ce n’est pas le cas. Malgré un tweet très repris pour chacun d’entre eux, les communautés du Gorafi et du Petit Journal sont très éloignées du centre des discussions : leurs messages ne sont repris que par les membres...

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Ces ambassadeurs qui supplantent les media sur Twitter
Sep16

Ces ambassadeurs qui supplantent les media sur Twitter

Des sociologues ont réussi à déterminer que sur Twitter l’information passe désormais moins par les media et davantage par le biais de tiers qui la relaient auprès des publics cibles. Ces nouveaux “ambassadeurs” jouent un rôle clef dans le partage d’informations liées à un sujet ou à une thématique précise, notamment grâce à un taux d’engagement supérieur par rapport aux media classiques. Ambassadeurs : Description de l’étude Doit-on y voir le signe que les enseignements du New York Times n’ont servi à rien ? Ou que la sacro-sainte quête de l’influenceur sur le Web trouve une illustration nouvelle, cette fois scientifique ? Le fait est que les résultats d’une étude menée par des sociologues de l’université de Georgia viennent apporter de l’eau au moulin de ces deux hypothèses. Les chercheurs se sont en effet penchés sur la façon dont les informations publiées par le Département d’Etat américain étaient relayées lors d’une campagne en se basant sur la reprise du hashtag #SecClinton entre 2011 et 2012. L’idée étant de définir avec précision quelles relations une institution pouvait nouer avec son public et quels individus (les social mediator) font le mieux le lien entre l’institution et ses parties prenantes. Leur conclusion est sans appel : dans certaines régions, le gouvernement américain communique mieux et touche une audience plus ciblée sans la participation des media classiques. “L’utilisation que font les journaux et les agences de presse des réseaux sociaux reste démodée” explique Guy Golan, professeur associé des relations publiques à l’université de Syracuse, interviewé par le site Phys.org. Et le professeur de regretter que les media “publient leurs dépêches comme s’il s’agissait d’une diffusion générale, de façon unilatérale“. La question de l’unilatéralité des media dans leurs façons de communiquer sera d’ailleurs beaucoup critiquée dans cette étude. A ce déclin de la presse, les chercheurs opposent en revanche la montée en puissance de “social mediators“, que nous traduirons ici par “ambassadeurs”, et qui relaient auprès d’une audience beaucoup plus ciblée et beaucoup plus réactive les informations diffusées par le Département d’Etat.  Les relations qu’entretiennent le Département d’Etat et ses “ambassadeurs” Cette cartographie montre les relations entre les utilisateurs de Twitter qui ont posté des messages en utilisant le hashtag #SecClinton à la date du 28 décembre 2012. Les images représentent les “social mediators” ou “ambassadeurs” et les lignes qui les relient illustrent le taux d’engagement (principalement les Retweets et les mentions). A gauche, on retrouve les utilisateurs qui ont une relation directe avec le Département d’Etat. En bas au centre, on retrouve des ambassadeurs informels, principalement des bloggeurs, concentrés sur les régions du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. En haut, au centre, on retrouve les ambassadeurs de nationalité...

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