Transformation digitale: les enseignements de l’audit du New York Times
Mai21

Transformation digitale: les enseignements de l’audit du New York Times

A l’heure où tous les grands noms de la presse écrite internationale traversent une crise sans précédents, le compte-rendu de l’audit du New York Times, opportunément fuité sur BuzzFeed la semaine dernière, est une véritable aubaine à laquelle chacun se raccroche comme une bouée de sauvetage au milieu d’une mer déchaînée. The Full New York Times Innovation Report   Cet audit était ce document-pépite que tous les grands journaux attendaient. Enfin, semble-t-il, un exemple concret, un guide détaillé, une sorte de "to-do list" de l’autocritique qui permettrait de comprendre et de poursuivre une migration vers le numérique qui pose toujours un problème. Mais Adam Timworth, consultant en stratégie digitale, a décrit dans un article d’une pertinence acérée l’erreur commise par de nombreux journaux dans leur façon d’appréhender leur transformation digitale.  Le risque de passer à côté des enseignements du New York Times est grand, et se servir de l’autocritique du journal américain pour se dédouaner de la sienne pourrait amener à des conclusions dommageables.   La transformation digitale en question : les trois erreurs des groupes de presse Pour le consultant, on retrouve trois types d’utilisation du numérique parmi les grands groupes de presse : Le numérique associé De loin la pratique la plus répandue dans la presse – et Timworth y inclut le New York Times. En somme, il s’agit pour les journaux de continuer à faire ce qu’ils savent faire tout en associant un produit numérique qui contient une valeur ajoutée par rapport au produit papier (une infographie, une mise en perspective des données, du "fact checking"…). Le tout est souvent réalisé par une équipe spécialement dédiée au numérique, de sorte que le journal peut même nourrir l’illusion qu’il met le numérique au premier plan de sa mutation, en s’imaginant que la bascule d’une culture papier vers une culture digitale se ferait progressivement, presque naturellement tout au long des années. C’est une erreur stratégique et l’autocritique du New York Times en est un exemple flagrant. Le format papier, malgré sa chute libre, représente encore la source majeure des revenus des groupes de presse classiques… pendant que les revenus générés par les produits numériques ne suffisent pas à supporter le coût opérationnel du journal. Il en résulte une sorte de faux état transitoire, jugé à tort temporaire, et qui pourtant s’étale dans le temps, avec toujours plus de pertes d’emplois et sans pour autant arriver au bout du tunnel. Le numérique transposé Si en associant le numérique à leurs publications, certains grands groupes de presse essayent honnêtement de migrer vers une culture numérique, certains ont fait un choix encore plus funeste. Celui du "shovelware journalism". Le shovelware ou truelleware selon l’expression...

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