Entreprises : le dilemme de l’innovation
Sep03

Entreprises : le dilemme de l’innovation

Le sujet de la technologie de rupture, ou d’innovation disruptive,  a été massivement médiatisé ces derniers mois aux Etats-Unis. A l’origine se trouve un article intitulé “The Disruption Machine” de Jill Lepore, publié en Juin 2014 par le magazine le New Yorker.  Cette professeure d’histoire à Harvard revient sur la théorie de la “disruptive innovation” fondée par Clayton Christensen dans les années 90, et depuis largement diffusée et adoptée dans le monde. Elle en fait une véritable critique, montrant la faiblesse des exemples empiriques de Christensen pour prouver le bien-fondé de sa théorie, et insiste sur le manque de clarté de sa définition.   Christensen, également professeur à Harvard, lui a par la suite répondu dans une interview  où il qualifie l’article de la chercheuse comme étant  un “acte criminel de malhonnêteté “. Ces désaccords ont en tout cas eu le mérite de relancer le débat aux Etats-Unis sur ce concept de l’innovation disruptive ou technologie de rupture, certains prenant partie pour un côté ou un autre, d’autres se félicitant que l’article permette à la théorie d’évoluer en se heurtant à de nouveaux obstacles. Mais alors, qu’est-ce que la technologie de rupture ? Est-elle considérée comme un objectif par les entreprises ? Faut-il s’en méfier ? Retour sur une notion controversée.   Une querelle d’universitaire : la notion d’innovation disruptive en question   En 1997, Clayton Christensen sort son plus célèbre ouvrage : The Innovator’s Dilemma.  Sa théorie soutient que les compagnie “établies” sur le marché, c’est-à-dire les plus puissantes et influentes, proposant services ou produits, agissent de façon rationnelle et peu risquée de façon à rester à leur niveau mais qu’elles se rendent de cette façon plus vulnérables. De nouveaux acteurs peuvent en effet à tout moment proposer une nouvelle innovation technologique moins chère et plus efficace, qui à terme, finit par remplacer le produit ou service en question. Dans ce cas, il s’agit d’une technologie de rupture, ou innovation disruptive. Le dilemme de l’innovateur étant que dans bien des cas, rechercher à faire ce qui est bien pour l’entreprise, se révèle finalement mauvais (“Doing the right thing is the wrong thing”). Il faudrait parfois savoir suivre des chemins plus périlleux plutôt que de continuer à faire ce que l’on fait bien. On peut citer comme exemple les moteurs à combustion, qui finirent par supplanter le cheval dans les moyens de locomotion ou la photographie numérique qui s’est substituée à la photographie argentique (même si cette dernière continue à avoir une importance indéniable dans le milieu de l’art par exemple). L’innovation disruptive ne vient par ailleurs pas forcément répondre aux besoins des clients. Henry Ford disait à juste titre que s’il avait consulté ses clients, ils lui auraient demandé...

Lire la suite
Les robots et réseaux sociaux: état des lieux et prospectives
Juin13

Les robots et réseaux sociaux: état des lieux et prospectives

9,5 milliards de dollars d’investissements. 61.5% du trafic internet mondial. Si l’on se fie aux statistiques et aux prévisions sur le sujet, le phénomène des robots du Web se porte bien. Tellement bien qu’il serait naïf de croire que l’on pourrait revenir en arrière. Si l’utilisation de programmes informatiques automatisés fait débat, il est indéniable que ce débat est déjà vérolé. De fait, les “bots” ne sont plus un épiphénomène, mais participent pleinement au fonctionnement d’Internet. Mais au-delà des classiques crawlers bots, l’apparition de programmes automatiques plus ou moins raffinés sur le Web social pose indubitablement des questions d’ordre éthique, juridique et, surtout, stratégique.   Etat des lieux des robots à l’heure actuelle A l’origine, les robots étaient des programmes informatiques censés effectuer des tâches répétitives, simples et automatisées, à un degré de fréquence plus ou moins élevé, avec le minimum d’implication. Mais ces programmes ont gagné en raffinement à mesure qu’ils s’attaquaient aux réseaux sociaux. Désormais, des “socialbots” avancés ont infiltré Twitter et d’autres réseaux sociaux et sont en mesure de tromper les êtres humains. Si votre première pensée consiste à croire qu’un robot est facilement repérable et qu’il n’est pas très sophistiqué, vous êtes dans l’erreur. Un groupe de chercheurs brésiliens a récemment démontré que non seulement les robots étaient en mesure de pénétrer et stimuler des communautés, mais ils pouvaient également altérer leurs opinions et devenir des influenceurs. Face à l’incrédulité ou la méconnaissance, il convient donc de rétablir quelques vérités sur le rôle des robots sur le Web social : Les robots avancés (socialbots) existent et le phénomène s’installe dans la durée, Certains sont quasiment indétectables et disposent d’un haut niveau technologique, Ils peuvent avoir des objectifs vertueux ou malicieux, Ils ont et continueront d’avoir un impact déterminant sur tous les métiers du numérique (de la veille, au marketing, aux affaires publiques) Ces quatre points n’ont rien d’une projection : ils reflètent la réalité de l’utilisation des socialbots à l’heure actuelle. Prenons l’exemple du métier qui fait actuellement le buzz outre-Manche, mais aussi en France : celui de growth hacker. Un mot-valise à fort potentiel marketing qui désigne le mariage de connaissances diverses, issues de domaines informatiques techniques (SEO, cartographie, data mining, programmation), avec des objectifs de “développement” (en termes de statistiques et d’engagement) sur le Web. Que cela soit communément admis ou glissé lors d’un entretien privé, le recours à des robots sera plus ou moins avancé par le growth hacker, selon son degré de compétences ou d’”éthique”. La question de l’éthique est d’ailleurs irrémédiablement liée à l’utilisation des robots, bien que le portrait que l’on dresse de ces derniers soit souvent excessif. Face à un phénomène appelé...

Lire la suite