Lobbies européens : ce que révèle l’analyse du registre de transparence
Juin22

Lobbies européens : ce que révèle l’analyse du registre de transparence

Dans un souci de transparence, Bruxelles a décidé de mettre en place un recensement des lobbies européens. La démarche reste toutefois au stade embryonnaire, mais une analyse des informations par des techniques de data vizualisation révèle quelques points intéressants. Cela fait plusieurs années que la problématique des lobbies pèse comme une épée de Damoclès sur la réputation de l’Union Européenne. C’est que le lobbyiste a mauvaise presse, en France particulièrement mais en Europe en général. Beaucoup en conservent une vision fantasmée et stéréotypée. En réalité, celui-ci couvre une réalité à géométrie très variable. L’activité de lobbying couvre autant les lobbyistes « pur jus » issus de cabinets que les multinationales, les ONG, les cabinets d’avocat ou encore les institutions religieuses. Or, l’image fantasmée du lobbying est souvent le préalable à une vision très négative (parfois à tort, parfois à raison) des activités des groupes de pression. L’impact en termes de réputation pour les institutions européennes n’en est que plus fort quand on sait qu’entre 20.000 et 30.000 lobbyistes arpentent les couloirs de « Bruxelles » dans l’objectif d’influer sur les réglementations. A cela s’ajoutent des tractations souvent opaques qui laissent la part belle à la suspicion la plus totale de la société civile. Consciente de l’importance de renforcer la confiance des citoyens européens dans ses institutions phares (le Parlement, la Commission et le Conseil), l’Union Européenne s’est donc décidée à établir un « registre de transparence » afin de recenser l’ensemble des groupes d’intérêts qui arpentent les couloirs européens. L’objectif de cette démarche d’Open Data[1] étant à la fois que chacun puisse savoir quels sont les lobbies qui agissent au sein de l’UE, avec quels budgets et depuis quel pays de résidence. L’analyse du registre de transparence révèle une réalité contrastée La démarche est pour l’heure facultative mais elle devrait à terme être obligatoire : ainsi, toute organisation souhaitant effectuer du lobbying auprès de l’UE devra remplir une fiche d’information. Comme toujours dès qu’il est question de data, l’extraction et la structuration des données sont les deux étapes préambules à toute analyse. Dans ce cas précis, le registre de transparence de l’Union Européenne n’est pas « directement » exploitable. Il a fallu le transformer. A l’heure actuelle, les technologies de sourcing et de scraping sont assez développées pour permettre de créer des outils capables de tirer profit des informations d’une page Internet. En revanche, la phase de la structuration des données reste toujours la plus chronophage, à défaut d’être la plus complexe techniquement – ce que nous évoquions dans notre article sur les Big Data et l’Intelligence économique. De fait, et bien que les informations demeurent incomplètes, nous avons décidé de retravailler les données acquises par notre méthode...

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3 exemples de stratégie d’influence contre le lobby pro-armes américain
Avr09

3 exemples de stratégie d’influence contre le lobby pro-armes américain

Tirant parti des réseaux sociaux, trois organisations civiles ont décidé de se dresser contre la toute puissante NRA, le lobby pro-armes des États-Unis. Rien de plus que la traditionnelle histoire de David contre Goliath, pourrait-on penser, mais cette fois le combat trouve un écho funeste à l’aune de tueries impliquant les armes à feu qui, en l’espace de quelques années, ont ébranlé les États-Unis. Face à la difficulté que pose le combat contre la « plus grande ONG du monde » et les récalcitrances de la classe politique américaine, trois associations (Mayors Against Illegal Guns, Americans for Responsible Solutions, Moms Demand Action for Gun Sense in America) ont ainsi appris à utiliser les réseaux sociaux pour regrouper, convaincre et créer de l’engagement auprès de leur audience. Trois cas de stratégies digitales cohérentes qui pourraient renverser la table. Des communautés désorganisées M. Glaze, membre de Mayors Against Illegal Guns (MAIG), a déclaré au Guardian sa surprise quand il a constaté qu’aux Etats-Unis, face à une organisation aussi puissante que la NRA, il n’existait aucune communauté fédérée pour porter la voix d’un contrôle responsable et réglementé des armes à feu. Le premier travail a donc été de regrouper ces communautés désorganisées en un bloc solide, capable de porter les idées d’une réglementation plus stricte des armes à feu. Cette fédération est passée en grande partie par l’utilisation des réseaux sociaux, permettant la création d’"ambassadeurs" sur le territoire américain. Désormais, selon M. Glaze, MAIG représente près de 1,5 million d’Américains favorables à l’idée d’une vérification d’antécédents partageant leurs valeurs – un chiffre encore maigre par rapport au 10 millions de membres que représente la NRA.   Financer, persuader, informer Americans for Responsible Solutions (ARS) est une association créée en 2012 à la suite de la fusillade de Tucson, durant laquelle la députée Gabrielle "Gabby" Giffords a failli mourir d’une grave blessure par balle au cerveau, et celle, autrement plus tragique, de Newtown, où 27 personnes, dont 20 enfants, ont trouvé la mort. L’objectif d’ARS sur les réseaux sociaux est, de l’aveu même de son représentant, de perturber durablement l’emprise du lobby des armes à feu en : Obtenant du financement pour leurs actions Mesurant l’interaction sur le Web social pour mieux cibler leurs audiences Persuadant que l’idée d’un contrôle réglementaire des armes à feu n’est pas antinomique à la société américaine Informant, notamment en partageant des moments de la vie quotidienne de Gabby Giffords et son long chemin vers la guérison Clairement, ARS se situe dans une démarche d'influence. L'audience qu'elle essaye de convaincre est avant tout politique : elle souhaite obtenir des membres du Congrès et du Sénat sur un sujet qui les effraie....

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