Les robots et réseaux sociaux: état des lieux et prospectives
Juin13

Les robots et réseaux sociaux: état des lieux et prospectives

9,5 milliards de dollars d’investissements. 61.5% du trafic internet mondial. Si l’on se fie aux statistiques et aux prévisions sur le sujet, le phénomène des robots du Web se porte bien. Tellement bien qu’il serait naïf de croire que l’on pourrait revenir en arrière. Si l’utilisation de programmes informatiques automatisés fait débat, il est indéniable que ce débat est déjà vérolé. De fait, les “bots” ne sont plus un épiphénomène, mais participent pleinement au fonctionnement d’Internet. Mais au-delà des classiques crawlers bots, l’apparition de programmes automatiques plus ou moins raffinés sur le Web social pose indubitablement des questions d’ordre éthique, juridique et, surtout, stratégique.   Etat des lieux des robots à l’heure actuelle A l’origine, les robots étaient des programmes informatiques censés effectuer des tâches répétitives, simples et automatisées, à un degré de fréquence plus ou moins élevé, avec le minimum d’implication. Mais ces programmes ont gagné en raffinement à mesure qu’ils s’attaquaient aux réseaux sociaux. Désormais, des “socialbots” avancés ont infiltré Twitter et d’autres réseaux sociaux et sont en mesure de tromper les êtres humains. Si votre première pensée consiste à croire qu’un robot est facilement repérable et qu’il n’est pas très sophistiqué, vous êtes dans l’erreur. Un groupe de chercheurs brésiliens a récemment démontré que non seulement les robots étaient en mesure de pénétrer et stimuler des communautés, mais ils pouvaient également altérer leurs opinions et devenir des influenceurs. Face à l’incrédulité ou la méconnaissance, il convient donc de rétablir quelques vérités sur le rôle des robots sur le Web social : Les robots avancés (socialbots) existent et le phénomène s’installe dans la durée, Certains sont quasiment indétectables et disposent d’un haut niveau technologique, Ils peuvent avoir des objectifs vertueux ou malicieux, Ils ont et continueront d’avoir un impact déterminant sur tous les métiers du numérique (de la veille, au marketing, aux affaires publiques) Ces quatre points n’ont rien d’une projection : ils reflètent la réalité de l’utilisation des socialbots à l’heure actuelle. Prenons l’exemple du métier qui fait actuellement le buzz outre-Manche, mais aussi en France : celui de growth hacker. Un mot-valise à fort potentiel marketing qui désigne le mariage de connaissances diverses, issues de domaines informatiques techniques (SEO, cartographie, data mining, programmation), avec des objectifs de “développement” (en termes de statistiques et d’engagement) sur le Web. Que cela soit communément admis ou glissé lors d’un entretien privé, le recours à des robots sera plus ou moins avancé par le growth hacker, selon son degré de compétences ou d’”éthique”. La question de l’éthique est d’ailleurs irrémédiablement liée à l’utilisation des robots, bien que le portrait que l’on dresse de ces derniers soit souvent excessif. Face à un phénomène appelé...

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Une cartographie dévoile les réseaux d’influence des Etats sur Twitter
Mai16

Une cartographie dévoile les réseaux d’influence des Etats sur Twitter

Cartographie et étude : A l’heure où les infographies pullulent sur les réseaux sociaux, la “data visualization” (comprendre la mise en lumière des données) est souvent cantonnée à son aspect strictement esthétique : le livrable est ainsi moins utilisé pour l’analyse de son réseau que comme moyen de véhiculer une idée. Si ce n’est pas forcément un mal, l’utilisation de cartographies des réseaux en ligne (mais aussi hors ligne) présente un double intérêt, autrement plus stratégique que celui du simple message. Les « mind maps » permettent en effet : L’évaluation pertinente d’un réseau Le développement d’une stratégie digitale pertinente Une étude de cas réalisée par le blog Exploring Digital Diplomacy permet ainsi de saisir toute la pertinence de la démarche SNA (pour Social Media Analysis), en présentant l’interaction entre les ministères des Affaires étrangères sur Twitter.   Cartographie: Quid de la diplomatie française sur Twitter? Exploring Digital Diplomacy réalise ici un travail remarquable (et probablement sans précédents). Le doctorant en charge du blog, qui s’intéresse à la diplomatie des États à l’ère digitale, a utilisé Visone pour analyser comment les ministères des affaires étrangères interagissent entre eux sur Twitter. (Source: Exploring Digital Diplomacy) En se fondant sur un échantillon de 70 ministères présents sur Twitter, l’auteur du blog a pu établir une cartographie simple et pertinente des interactions (plus il y a de flèches, plus importante est l’interaction). Trois paramètres ont guidé le bloggeur dans l’élaboration de sa cartographie : La popularité (in-degree), mesurée par le nombre de Ministères suivant un Ministère donné, (Source: Exploring Digital Diplomacy)   Le réseau (out-degree), mesuré par le nombre de contacts qu’un Ministère a avec d’autres Ministères, (Source: Exploring Digital Diplomacy)   L’entremise (betweenness), mesurée par la capacité d’un Ministère à servir de hub d’informations entre d’autres Ministères qui ne se suivent pas. (Source: Exploring Digital Diplomacy)   La fusion de ces paramètres permet de mesurer l’influence des Ministères. Plusieurs trouvailles sont dignes d’intérêt. Si, sans surprise, les Etats-Unis remportent la palme du ministère le plus suivi par ses homologues, talonné par le Royaume-Uni, la troisième place est occupée… par la Pologne ! La France n’arrive quant à elle qu’en 8ème position – c’est le seul paramètre dans lequel elle obtient un score satisfaisant. Parallèlement, le Ministère qui a le plus de contacts avec les autres est l’Islande, suivi par la Suède et Israël… Aucune puissance occidentale ne figure dans le haut du panier si on prend en compte ce paramètre. Enfin, pour ce qui est de l’entremise, on constate que la Suède, le Royaume-Uni et la Russie sont les plus grands hubs d’information pour les autres Ministères. Au regard de ces informations, le bloggeur a finalement...

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Quel rôle pour le journaliste dans une stratégie de communication ?
Mai05

Quel rôle pour le journaliste dans une stratégie de communication ?

Les media sociaux ont évidemment fait évoluer les manières de communiquer au sens large c’est-à-dire, chercher, recueillir, analyser, synthétiser, mettre en forme, diffuser et animer l’information. Ils ont également remodelé les contours qui différenciaient, jusqu’à l’émergence du web 2.0, le contenu (l’information) et le contenant (le support par lequel l’information est diffusée). Par conséquent, c’est le périmètre, voire le métier entier du journalisme qui évolue. Cindy Royal, professeur à la School of Journalism and Mass Communication de l’université du Texas, livre ses réflexions sur ce que devient cette profession que nous commentons. Montée en puissance des plateformes de diffusion d’information Cindy Royal affirme que cette évolution implique que le métier et l’exercice du journalisme sont désormais étroitement liés aux enjeux technologiques de l’informatique de l’information (réseaux, websites, applications mobiles etc.). Plus spécifiquement, Cindy Royal met l’accent sur l’angle de la distribution de l’information que permettent les plateformes de partage de contenu. Une des conséquences de la puissance qu’ont acquise ces plateformes (blogs, forums, réseaux sociaux) est que les producteurs d’information (journalistes, reporters et media d’information) n’ont aujourd’hui plus le moyen de contrôler la diffusion et le partage du contenu qu’ils émettent. Pour aller plus loin, selon l’auteur, c’est aujourd’hui le contenant qui détermine l’importance du contenu de même que son classement, par rapport aux autres contenus. La diffusion de l’information devient le marqueur de son importance. Ce constat a entrainé l’émergence de nouveaux acteurs adaptant le contenu au contenant et inversement (Melty, LinkedIn etc.). Selon l’auteur, cette évolution tend à homogénéiser l’offre de contenus, ce qui s’illustre par la diminution des différences pouvant exister entre Twitter, le New York Times et un site comme Vox (les trending topics, les articles les plus lus, les plus partagés étant automatiquement mis en avant). Sensibilisation des aspirants journalistes à l’évolution du monde de l’information Par conséquent, Cindy Royal affirme qu’il est indispensable de former les étudiants journalistes à cette notion de diffusion de l’information. L’auteur dresse ainsi une liste de questions qu’elle adresse aux aspirants journalistes afin de les sensibiliser à l’évolution du paradigme informatif : Comprenez-vous l’évolution de l’informatique et comment elle influe aujourd’hui sur le développement des plateformes de diffusion de l’information ? Comprenez-vous les nouveaux business model générés par ces plateformes ? Comprenez-vous les pouvoirs de l’utilisateur de ces plateformes ? Comprenez-vous la dynamique des réseaux qui sous-tend ces plateformes ? Appréhendez-vous les problématiques des entrepreneurs de telles plateformes et leurs approches des fournisseurs de contenus ? Comprenez-vous l’importance des acteurs tels que Facebook Paper et Yahoo News ? Etes-vous familier avec les CMS et leurs attributs ? Cindy Royal insiste sur ces éléments car selon elle, ils façonnent la manière dont le journaliste doit comprendre le...

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Entre autorité et expertise : qu’est-ce que la véritable influence ?
Avr24

Entre autorité et expertise : qu’est-ce que la véritable influence ?

Dans le contexte de l’engagement digital, les influenceurs sont l’objet d’un important pan de la littérature marketing. L’identification des influenceurs et leur cartographie est en effet une étape indispensable à l’appréhension de ses audiences. Références incontournables pour certains, relais de produits, de marques et de valeurs pour d’autres, le spécialiste du monde digital Daniel Newman se penche sur les spécificités de l’influenceur sous l’angle de l’expertise. Expertise digitale Une question pertinente de son raisonnement consiste à s’interroger sur la déclinaison digitale de l’expertise. Dans le monde 2.0, comment se traduisent et s’expriment la connaissance et la compréhension avancées d’une problématique ? Comment reconnaitre l’expert et quels sont les critères à retenir pour ce faire ? L’auteur rappelle que certaines entreprises comme Cisco ont mis en place des cursus de formation permettant d’acquérir le grade d’expert reconnaissant ainsi l’acquisition de grandes et importantes connaissances techniques. Dans ce cas, la reconnaissance de l’expert est objective : examen écrit et cas pratiques sont des épreuves sanctionnant la qualification des candidats au grade d’expert. Dans le contexte de l’influence digitale, l’expertise est une notion autrement plus subjective : beaucoup de simples commentateurs ne disposent pas de la technicité, rigueur analytique et connaissance pourtant inhérentes à la maitrise d’un sujet. La notion d’influenceur et d’expert est d’ailleurs plus large. Daniel Newman propose quelques pistes de qualification mais nous pouvons aller plus loin en s’essayant à une nomenclature descriptive des éléments clefs à aborder dans la caractérisation d’un émetteur. Qualification d'une source Légitimité : caractère de ce qui est fondé en droit et en justice (dictionnaire Larousse). Pourtant la légitimité est une notion plus large que la légalité, conforme aux lois, à la réglementation. La légitimité peut être le préalable de la crédibilité, cette dernière n’en découlant pas naturellement. Un individu diplômé en physique est légitime s’il disserte sur l’univers. Mais selon la teneur de ses propos, sa crédibilité peut être discutée. Crédibilité : caractère de quelque chose qui peut être cru, de ce qui est digne de confiance (dictionnaire Larousse). La crédibilité implique la notion de fiabilité, de vraisemblance, de plausibilité. La crédibilité peut découler de l’expérience, de la durée consacrée à traiter un sujet avec honnêteté intellectuelle menant à sa maitrise. La fiabilité et la régularité d’un émetteur partageant son savoir et son expérience participent à la construction de la crédibilité. La crédibilité est le préalable de la confiance qui n’en découle pas naturellement. Un blog sur la physique tenu par un professeur de physique est crédible. Mais sa notoriété peut être plus ou moins importante. Notoriété : caractère de ce qui est connu d’un grand nombre de personne (dictionnaire Larousse). La notoriété implique la renommée et la réputation, bonne...

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3 exemples de stratégie d’influence contre le lobby pro-armes américain
Avr09

3 exemples de stratégie d’influence contre le lobby pro-armes américain

Tirant parti des réseaux sociaux, trois organisations civiles ont décidé de se dresser contre la toute puissante NRA, le lobby pro-armes des États-Unis. Rien de plus que la traditionnelle histoire de David contre Goliath, pourrait-on penser, mais cette fois le combat trouve un écho funeste à l’aune de tueries impliquant les armes à feu qui, en l’espace de quelques années, ont ébranlé les États-Unis. Face à la difficulté que pose le combat contre la « plus grande ONG du monde » et les récalcitrances de la classe politique américaine, trois associations (Mayors Against Illegal Guns, Americans for Responsible Solutions, Moms Demand Action for Gun Sense in America) ont ainsi appris à utiliser les réseaux sociaux pour regrouper, convaincre et créer de l’engagement auprès de leur audience. Trois cas de stratégies digitales cohérentes qui pourraient renverser la table. Des communautés désorganisées M. Glaze, membre de Mayors Against Illegal Guns (MAIG), a déclaré au Guardian sa surprise quand il a constaté qu’aux Etats-Unis, face à une organisation aussi puissante que la NRA, il n’existait aucune communauté fédérée pour porter la voix d’un contrôle responsable et réglementé des armes à feu. Le premier travail a donc été de regrouper ces communautés désorganisées en un bloc solide, capable de porter les idées d’une réglementation plus stricte des armes à feu. Cette fédération est passée en grande partie par l’utilisation des réseaux sociaux, permettant la création d’"ambassadeurs" sur le territoire américain. Désormais, selon M. Glaze, MAIG représente près de 1,5 million d’Américains favorables à l’idée d’une vérification d’antécédents partageant leurs valeurs – un chiffre encore maigre par rapport au 10 millions de membres que représente la NRA.   Financer, persuader, informer Americans for Responsible Solutions (ARS) est une association créée en 2012 à la suite de la fusillade de Tucson, durant laquelle la députée Gabrielle "Gabby" Giffords a failli mourir d’une grave blessure par balle au cerveau, et celle, autrement plus tragique, de Newtown, où 27 personnes, dont 20 enfants, ont trouvé la mort. L’objectif d’ARS sur les réseaux sociaux est, de l’aveu même de son représentant, de perturber durablement l’emprise du lobby des armes à feu en : Obtenant du financement pour leurs actions Mesurant l’interaction sur le Web social pour mieux cibler leurs audiences Persuadant que l’idée d’un contrôle réglementaire des armes à feu n’est pas antinomique à la société américaine Informant, notamment en partageant des moments de la vie quotidienne de Gabby Giffords et son long chemin vers la guérison Clairement, ARS se situe dans une démarche d'influence. L'audience qu'elle essaye de convaincre est avant tout politique : elle souhaite obtenir des membres du Congrès et du Sénat sur un sujet qui les effraie....

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