Rumeurs sur le Web : les géants du Net s’organisent
Mar19

Rumeurs sur le Web : les géants du Net s’organisent

Face à l’explosion des rumeurs sur le Web, les géants du Net comme Google, Facebook ou encore Twitter prennent des mesures pour plus de transparence. Les entreprises doivent aussi se saisir de ce problème. Les rumeurs sur le Web se répandent désormais comme des traînées de poudre. Il peut être difficile de les colmater et il n’est jamais certain qu’elles ne reviendront pas sous une version modifiée, à l’aune d’une nouvelle actualité. La désinformation peut circuler en ligne et hors ligne, trompant son monde à l’image de la fausse mort de Martin Bouygues qui a berné l’AFP. Les impacts sur les entreprises, mais aussi les Etats ou les personnes, sont pourtant bien réels. Quelques jours après les terribles attentats du mois de janvier, Le Monde publiait “La Conjuration des crédules”, article à charge contre la « complotosphère » française agissant sur le Web. Celui-ci mettait le doigt sur un phénomène bien connu des professionnels de l’information. Une partie du Web croule sous les rumeurs, en réaction à des évènements d’actualité donnés ou machination orchestrée de toute pièce. La rhétorique est connue, les modes opératoires se ressemblent. Il s’agit le plus souvent de remettre en question la version officielle en tordant le cou aux faits pour les ajuster à la version complotiste ou en soulevant de nombreuses questions en partant du postulat que les réponses proposées sont fausses. Nous avions déjà évoqué comment les rumeurs sur le Web circulent – en se fondant sur une étude de l’écosystème complotiste nationaliste italien sur Facebook. Sans chercher à stigmatiser Internet, il est désormais indéniable que les rumeurs sur le Web ont gagné en visibilité et “viralité” grâce aux réseaux sociaux, aux moteurs de recherche ou aux plateformes éphémères et groupes de discussion sur le Web social. Face à ces dérives, les géants du Net (Google, Facebook, Twitter, Instagram en tête) commencent doucement à organiser une riposte : chasse aux rumeurs sur le Web, aux faux abonnés, aux canulars sur les flux d’actualités… En moins de trois mois, un train impressionnant de mesures a été pris. La vérité sera-t-elle la prochaine métrique des géants du Net ?   Facebook et les faux articles : impliquer les utilisateurs Facebook est certainement le réseau social où fleurissent le plus les rumeurs. Cette “popularité” tient principalement au caractère plus intime et informel des conversations qui entretiennent une logique communautaire des échanges. Ces derniers peuvent être : normés (sous forme d’appartenance à des groupes, groupes secrets ou pages communes) ou… ad hoc (une communauté de personnes partageant les mêmes intérêts, sans association formelle sinon celle de la relation Facebook). Facebook a des atouts de poids qui explique le fait que les rumeurs s’y...

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De la parodie à la paranoïa : Facebook et le cas italien
Mar19

De la parodie à la paranoïa : Facebook et le cas italien

Sur Facebook (et plus largement le Web social), on sait que les rumeurs, même les plus infondées, côtoient les informations fiables. Mais que se passe-t-il quand les ouï-dire dépassent le stade de la simple parodie pour devenir des thèses crédibles, parfois reprises dans les media ? C’est à cette question qu’un chercheur de l’université de Boston, Walter Quattrociocchi, a essayé de répondre en se focalisant sur le cas d’une information, initialement parodique, qui a réussi à dépasser « la sphère de l’invraisemblable ».   Comment une loi fictive a ébranlé le web italien « Le sénat italien a voté et approuvé, à 257 voix et 165 abstentions, une loi proposée par le Sénateur Cirenga débloquant une enveloppe de 134 milliards d’euros afin d’aider les élus politiques à trouver du travail en cas de défaite électorale ». Cette phrase, accompagnée d’une image, est apparu en 2013 durant les élections italiennes et est rapidement devenu viral. Partagé plus de 35,000 fois en moins d’un mois, cité dans la presse nationale, l’impact de l’article sur la presse italienne est indéniable. Seul problème, il est monté de toutes pièces. Plusieurs incohérences viennent d’ailleurs le souligner et plombent la cohérence même de cette publication : Le sénateur à l’origine de cette loi n’existe pas, Le nombre total de votants est impossible à atteindre dans le système politique italien, constitué de 315 sénateurs (contre 422 dans l’article), Le montant de l’enveloppe, supérieure à 10% du PIB italien, est peu vraisemblable, La loi n’a évidemment jamais existé. Hélas, ces multiples incohérences n’ont pas suffi à rétablir la vérité : depuis 2013, cette loi fictive serait citée comme un exemple de corruption de la classe politique italienne. Et selon Walter Quattrociocchi, chercheur à l’université de Boston qui a étudié ce cas particulier, les théoriciens du complot ont beaucoup participé à la propagation de cette fausse rumeur. Plus surprenant, la mécanique de diffusion de ce message laisse planer le doute d’une désinformation volontaire, sinon orchestrée. La publication provient d’une page Facebook identifiée pour ses contenus satiriques et très critiques sur la vie politique italienne : les informations produites ont ensuite été reprises par une page spécialisée « s’intéressant » aux questions politiques, avant d’être exploités par des opposants nationalistes.   Comment de fausses informations pénètrent la sphère du vraisemblable A la tête d’une équipe de chercheurs, Walter Quattrociocchi a étudié le cas du sénat italien pour montrer comment des personnes ordinaires interagissent avec l’information sur Facebook, que celle-ci soit vraie ou fausse. Le champ complet de l’étude a couvert : 2,3 millions de personnes, 3 types de relais d’information, chacun présente sur Facebook : media mainstream, media alternatifs et pages Facebook « activistes », Les « likes », commentaires et la période de discussion...

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Détection des rumeurs en temps réel : le projet PHEME
Fév27

Détection des rumeurs en temps réel : le projet PHEME

L’utilisation des media sociaux permet indubitablement de créer et de renforcer les liens entre l’entreprise et ses audiences afin de développer une véritable relation de confiance. Néanmoins, nombreux sont les exemples qui mettent en lumière les effets négatifs qui ont émergé avec ces nouveaux outils de communication. Aux classiques commentaires négatifs pouvant dégénérer en médiatisation désastreuse grâce aux propriétés de résonnance du Web 2.0 se sont ajoutées les campagnes de dénigrement et de désinformation volontaire. Ces éléments, individuels et isolés ou orchestrés et systématiques, nuisent à l’entreprise et sapent sa réputation, véritable actif immatériel. L’engagement digital, s’il permet de prendre la parole et de s’intégrer dans les discussions émanant des communautés qui gravitent autour de l’entreprise, possède donc également une dimension préventive voire défensive. S’il n’est pas la garantie d’être épargné par les manifestations d’hostilité, il permet cependant de mettre en œuvre les moyens nécessaires à une contre-offensive rapide et efficace. Le sujet est suffisamment important pour que des projets de recherche se penchent sur des applications techniques permettant d’épauler le monitoring humain des propos tenus sur le Web 2.0. C’est notamment le cas du projet PHEME, composé de plusieurs chercheurs et mené par l’Université de Sheffield en collaboration avec les universités de Warwick, le King’s College London, Saarland en Allemagne et l’Université Modul de Vienne. Quatre entreprises sont également impliquées dans ce projet : Atos Espagne, iHub au Kenya, Ontotext en Bulgarie et Swissinfo.ch. L’objet de cette initiative est d’étudier en temps réel les propos tenus sur les media sociaux afin de les catégoriser en fonction de leur véracité. Le projet a démarré début 2014 pour une durée de 3 ans. La responsable du projet, Dr Kalina Bontcheva met en avant le volume des informations émises, la rapidité de leur circulation sur le Web 2.0 et la variété des sujets traités. Elle précise que l’objet du projet PHEME est de traiter également un quatrième aspect : la véracité des données. Elle prend l’exemple des alertes adressées au service d’urgence qui peuvent parfois ne pas être fondées. Pour analyser en temps réel de telles informations, le projet financé par l’Union Européenne va chercher à classifier les rumeurs (au sens d’information non vérifiée et classifiée) en quatre catégories distinctes : Spéculation : hypothèse sur l’avenir (allégations économiques etc.), Controverse : débat (vaccination, politique etc.), Transmission d’information erronée sans volonté de nuire, Désinformation : transmission volontaire d’information erronée. Pour ce faire, le système cherche à identifier l’émetteur de l’information afin de juger de son degré de pertinence, de crédibilité ainsi que son historique : journaliste, expert, témoin oculaire, robot, faux compte, etc. En parallèle, le système recherche des sources additionnelles visant à corroborer ou infirmer les propos tenus....

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