Cas d’école: mapping de la blogosphère climato-sceptique
Avr11

Cas d’école: mapping de la blogosphère climato-sceptique

Afin d’initier l’engagement digital auprès de ses parties prenantes, les entités communicantes (entreprises, ONG, institutions etc.) doivent au préalable les identifier et les caractériser: alliés, adversaires, sympathisants, opposants et indécis. Dans quelle mesure ces types d’acteurs sont-ils favorables ou défavorables aux produits, projets ou valeurs véhiculées ? Quel est leur degré d’activité et quelles connexions existent entre elles ? En réalisant un mapping de la blogosphère climato sceptique, Amelia Sharman du Centre for Climate Change Economics and Policy et du Grantham Research Institute on Climate Change and the Environment illustre la pertinence de la cartographie, réalisée ici avec la méthodologie minutieuse d’un travail universitaire. La démarche retenue pour cet exercice consiste à 1) recueillir des données sur la blogosphère climato sceptique afin 2) d’identifier les plus importants et de 3) déterminer leurs caractéristiques principales. Pour réaliser la première partie, l’auteur a dû délimiter le périmètre retenu. En l’occurrence, il s’agit de recenser les blogs pertinents et proposant des contenus originaux, non satiriques, en anglais et en excluant les contenus de type Web 1.0 (selon Amelia Sharman, tous ces éléments constituent des biais). Elle indique pour cela s’être basée sur les 12 premières pages des résultats de la recherche « climate blog » dans WebCrawler (Google, Yahoo et Bing). A partir de cette base, les données sont enrichies en étudiant la blogroll de chaque résultat. La pertinence de chaque média est déterminée manuellement : la proportion de contenu consacrée au climat (soit par les tags, soit par l’étude des 5 premières pages du média) doit être d’au moins 50%. Dans un second temps, il convient de déterminer dans quelle mesure le contenu relève du climato scepticisme. Pour ce faire, l’auteur étudie les propos sélectionnés à l’aune de la typologie de Rahmstorf (déni du changement climatique ou reconnaissance et acceptation mais refus d’y voir des causes humaines, etc.). L’auteur précise avoir dû développer une catégorisation particulière au fur et à mesure de son étude des blogs retenus (blogs se déclarant ouvertement sceptiques ou blogs se prétendant ouverts aux confrontations et débats). La corrélation entre les blogs par la blogroll a été étudiée en utilisant le logiciel Ucinet. Au final, l’auteur dispose de ces éléments : 171 blogs retenus, 155 ouvertement climato sceptiques, 155 blogs aux auteurs caractérisables: 76 auteurs basés aux USA, 32 en Australie, 26 au Royaume-Uni, 8 au Canada etc., 7 des blogs dont l’auteur ne pouvait pas être identifié sont issus de pays non anglophones mais rédigés en anglais. La distance moyenne (géodésique) d’un blog à un autre est de 2.71 blogs. Deux éléments indiquent que ce réseau gravite autour de points centraux : L’algorithme de densité d’Ucinet indique que ce réseau n’est pas très...

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Influence : les USA passent la vitesse supérieure… et dérapent
Avr04

Influence : les USA passent la vitesse supérieure… et dérapent

Le potentiel des media sociaux est redoutable. Utilisés dans le cadre d’une stratégie digitale réfléchie, ils deviennent de puissants outils. L’Associated Press relate ainsi une histoire stupéfiante qui montre à quel point inventivité et maitrise numérique peuvent être mises au service d’invraisemblables opérations d’influence. Diplomatie Digitale s’intéresse particulièrement aux enjeux économiques, sociaux et sociétaux auxquels doivent faire face les parties prenantes civiles que sont les entreprises, les ONG etc. mais en l’occurrence, c’est un projet du gouvernement américain qui focalise toutes les attentions : amoindrir le système communiste cubain en créant de toutes pièces un réseau social manœuvré par les Etats-Unis et distillant des informations politiquement orientées dans une optique d’influence des populations locales. De nombreux parallèles peuvent pourtant être effectués avec les opérations de communication corporate. Selon l’AP, ce projet, mené par l’USAID (US Agency for International Development) consistait à développer secrètement un réseau social de type Twitter appelé ZunZuneo sans alerter le gouvernement Castro, et en contournant les restrictions liées à l’usage d’Internet en vigueur à Cuba. La tactique est simple : initier le développement du réseau social en fédérant les audiences cibles autour de contenus neutres et objectifs tels que le football ou des informations sur les ouragans. Puis, une fois un certain seuil franchi, il s’agissait de commencer à distiller des propos plus politiques incitant à la mobilisation contre le gouvernement en place et utiliser les données privées des utilisateurs ainsi recueillies pour leur communiquer des messages politiques. Parmi les références considérées pour initier un tel projet, la Moldavie et les Philippines, où le pouvoir des messages de type SMS avait été remarqué dans l’émergence de mobilisations politiques. Et évidemment, l’Iran, et sa « révolution Twitter », probable modèle considéré comme reproductible ? La construction de l’opération est à mille lieues d’avoir été hasardeuse et comporte plusieurs éléments similaires aux manœuvres d’influence corporate pouvant émerger des intellects des spin doctors. Selon les documents que l’AP déclare avoir consulté, l’équipe derrière ZunZuneo pouvait envoyer des "blasts informatifs" à ses membres, sur le même modèle que celui des opérations marketing d’envoi de newsletters. L’AP révèle par ailleurs que la population cubaine a été divisée en 5 segments cibles, selon le degré de loyauté au gouvernement et donc aux propriétés réceptives hétérogènes. Afin de bien comprendre ces segments, l’équipe de ZunZuneo a demandé leurs avis à 100 000 cubains sur la pertinence, pour deux groupes de musique de participer à un grand concert en faveur de la paix. En fonction des réponses, ZunZuneo pouvait caractériser l’échantillon ainsi contacté et adapter la teneur de ses propos. Tout le but de l’opération semble avoir été d’influencer chaque audience afin de l’orienter vers des dispositions politiques...

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Du 2.0 au réel : mirages et limites
Déc27

Du 2.0 au réel : mirages et limites

Il est communément admis que le nombre et le volume de tweets ou de likes symbolisent la réussite d’une campagne numérique. Cependant, plusieurs exemples montrent les limites des réseaux sociaux, notamment quand il s’agit de mesurer qualitativement et quantitativement les effets du succès 2.0 dans le monde réel. Le développement du slacktivisme (activisme paresseux), parallèlement à l’avènement des réseaux sociaux, illustre les difficultés à concrétiser l’engouement digital en actions réelles. Cet effet a notamment été caractérisé et mis en lumière par les universitaires américains K. White, J. Peloza et K. Kristofferson dans une récente étude. Dans cet article, les auteurs démontrent que l’apparente mobilisation pour une œuvre de charité, notamment par un « like » ou l’appartenance à un groupe Facebook ne signifie pas pour autant une traduction en véritable engagement, humain ou financier. Les auteurs indiquent que cet « effet vitrine », qui permet de mettre en avant son engagement caritatif numérique auprès de son cercle social, permet la réussite de la campagne de communication mais nuit à une véritable collecte de fonds, à la différence des traditionnels démarchages « in real life ». Les auteurs concluent que si le but d’une campagne de communication est l’engagement concret, alors les réseaux sociaux ne sont pas des media adaptés (par rapport au démarchage dans le cadre d’une pétition par exemple). Ces éléments sont notamment à prendre en compte lors de l’allocation des fonds destinés à la communication. Un autre domaine montre les limites des réseaux sociaux et leurs difficultés à être représentatif de la réalité. Il s’agit du monde scientifique et de la communauté des chercheurs. Dans une étude canadienne, S. Haustein, I. Peters, C. R. Sugimoto, M. Thelwall et V. Larivière se sont intéressé à mesurer l’existence 2.0 des communications scientifiques, notamment par le nombre de tweets dont elles font l’objet. Les auteurs corrèlent ces données avec le nombre de citations de ces communications scientifiques, ce qui constitue l’indicateur de qualité traditionnel et communément admis. Dans leurs résultats, les auteurs indiquent qu’il ne semble ne pas exister de lien direct entre le nombre de citation d’une communication scientifique et le volume de tweets dont cette communication fait l’objet. Le volume de tweets n’est donc pas représentatif de la qualité d’une communication scientifique. Ceci est notamment dû au fait que la communauté des chercheurs est peu connectée et que son fonctionnement est majoritairement hors 2.0. La réciproque est également valable, la majeure partie des profils twitters n’étant pas qualifiés pour jauger la pertinence scientifique des études qu’ils twittent. Ces deux exemples n’ont pas pour vocation de minimiser l’importance des réseaux sociaux, ni les potentialités qu’offrent leur utilisation. Ils viennent néanmoins rappeler qu’ils constituent des moyens...

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