Quel rôle pour le journaliste dans une stratégie de communication ?
Mai05

Quel rôle pour le journaliste dans une stratégie de communication ?

Les media sociaux ont évidemment fait évoluer les manières de communiquer au sens large c’est-à-dire, chercher, recueillir, analyser, synthétiser, mettre en forme, diffuser et animer l’information. Ils ont également remodelé les contours qui différenciaient, jusqu’à l’émergence du web 2.0, le contenu (l’information) et le contenant (le support par lequel l’information est diffusée). Par conséquent, c’est le périmètre, voire le métier entier du journalisme qui évolue. Cindy Royal, professeur à la School of Journalism and Mass Communication de l’université du Texas, livre ses réflexions sur ce que devient cette profession que nous commentons. Montée en puissance des plateformes de diffusion d’information Cindy Royal affirme que cette évolution implique que le métier et l’exercice du journalisme sont désormais étroitement liés aux enjeux technologiques de l’informatique de l’information (réseaux, websites, applications mobiles etc.). Plus spécifiquement, Cindy Royal met l’accent sur l’angle de la distribution de l’information que permettent les plateformes de partage de contenu. Une des conséquences de la puissance qu’ont acquise ces plateformes (blogs, forums, réseaux sociaux) est que les producteurs d’information (journalistes, reporters et media d’information) n’ont aujourd’hui plus le moyen de contrôler la diffusion et le partage du contenu qu’ils émettent. Pour aller plus loin, selon l’auteur, c’est aujourd’hui le contenant qui détermine l’importance du contenu de même que son classement, par rapport aux autres contenus. La diffusion de l’information devient le marqueur de son importance. Ce constat a entrainé l’émergence de nouveaux acteurs adaptant le contenu au contenant et inversement (Melty, LinkedIn etc.). Selon l’auteur, cette évolution tend à homogénéiser l’offre de contenus, ce qui s’illustre par la diminution des différences pouvant exister entre Twitter, le New York Times et un site comme Vox (les trending topics, les articles les plus lus, les plus partagés étant automatiquement mis en avant). Sensibilisation des aspirants journalistes à l’évolution du monde de l’information Par conséquent, Cindy Royal affirme qu’il est indispensable de former les étudiants journalistes à cette notion de diffusion de l’information. L’auteur dresse ainsi une liste de questions qu’elle adresse aux aspirants journalistes afin de les sensibiliser à l’évolution du paradigme informatif : Comprenez-vous l’évolution de l’informatique et comment elle influe aujourd’hui sur le développement des plateformes de diffusion de l’information ? Comprenez-vous les nouveaux business model générés par ces plateformes ? Comprenez-vous les pouvoirs de l’utilisateur de ces plateformes ? Comprenez-vous la dynamique des réseaux qui sous-tend ces plateformes ? Appréhendez-vous les problématiques des entrepreneurs de telles plateformes et leurs approches des fournisseurs de contenus ? Comprenez-vous l’importance des acteurs tels que Facebook Paper et Yahoo News ? Etes-vous familier avec les CMS et leurs attributs ? Cindy Royal insiste sur ces éléments car selon elle, ils façonnent la manière dont le journaliste doit comprendre le...

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Du 2.0 au réel : mirages et limites
Déc27

Du 2.0 au réel : mirages et limites

Il est communément admis que le nombre et le volume de tweets ou de likes symbolisent la réussite d’une campagne numérique. Cependant, plusieurs exemples montrent les limites des réseaux sociaux, notamment quand il s’agit de mesurer qualitativement et quantitativement les effets du succès 2.0 dans le monde réel. Le développement du slacktivisme (activisme paresseux), parallèlement à l’avènement des réseaux sociaux, illustre les difficultés à concrétiser l’engouement digital en actions réelles. Cet effet a notamment été caractérisé et mis en lumière par les universitaires américains K. White, J. Peloza et K. Kristofferson dans une récente étude. Dans cet article, les auteurs démontrent que l’apparente mobilisation pour une œuvre de charité, notamment par un « like » ou l’appartenance à un groupe Facebook ne signifie pas pour autant une traduction en véritable engagement, humain ou financier. Les auteurs indiquent que cet « effet vitrine », qui permet de mettre en avant son engagement caritatif numérique auprès de son cercle social, permet la réussite de la campagne de communication mais nuit à une véritable collecte de fonds, à la différence des traditionnels démarchages « in real life ». Les auteurs concluent que si le but d’une campagne de communication est l’engagement concret, alors les réseaux sociaux ne sont pas des media adaptés (par rapport au démarchage dans le cadre d’une pétition par exemple). Ces éléments sont notamment à prendre en compte lors de l’allocation des fonds destinés à la communication. Un autre domaine montre les limites des réseaux sociaux et leurs difficultés à être représentatif de la réalité. Il s’agit du monde scientifique et de la communauté des chercheurs. Dans une étude canadienne, S. Haustein, I. Peters, C. R. Sugimoto, M. Thelwall et V. Larivière se sont intéressé à mesurer l’existence 2.0 des communications scientifiques, notamment par le nombre de tweets dont elles font l’objet. Les auteurs corrèlent ces données avec le nombre de citations de ces communications scientifiques, ce qui constitue l’indicateur de qualité traditionnel et communément admis. Dans leurs résultats, les auteurs indiquent qu’il ne semble ne pas exister de lien direct entre le nombre de citation d’une communication scientifique et le volume de tweets dont cette communication fait l’objet. Le volume de tweets n’est donc pas représentatif de la qualité d’une communication scientifique. Ceci est notamment dû au fait que la communauté des chercheurs est peu connectée et que son fonctionnement est majoritairement hors 2.0. La réciproque est également valable, la majeure partie des profils twitters n’étant pas qualifiés pour jauger la pertinence scientifique des études qu’ils twittent. Ces deux exemples n’ont pas pour vocation de minimiser l’importance des réseaux sociaux, ni les potentialités qu’offrent leur utilisation. Ils viennent néanmoins rappeler qu’ils constituent des moyens...

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