Slacktivisme : YesAllWomen vs BringBackOurGirls, deux campagnes bien différentes
Juin05

Slacktivisme : YesAllWomen vs BringBackOurGirls, deux campagnes bien différentes

Le mois dernier, deux campagnes de slacktivisme – le fait de marquer son soutien à une cause par des publications sur les réseaux sociaux – ont fait l’actualité en atteignant un rare degré de viralité. Mais si #YesAllWomen et #BringBackOurGirls ont des éléments en commun (Twitter comme vecteur principal, thématique de la violence faite aux femmes…), l’erreur serait de confondre des causes et des effets bien distincts.   Slacktivisme : #YesAllWomen : une campagne apparemment spontanée #YesAllWomen est un mouvement ad hoc né à la suite de la fusillade de Santa Barbara. Pour répondre à la publication d’un manifeste misogyne et d’une vidéo où Elliot Rodger, le suspect présumé, se met en scène, des femmes ont décidé de se mobiliser contre les violences, d’ordre moral, physique ou sexuel, que subissent les femmes au quotidien. Tout a commencé avec l’invention du hashtag #YesAllWomen. L’internaute à l’origine de celui-ci est a priori inconnue, mais l’association de deux influenceuses à son Tweet (Anni Cardi et Kayleigh Anne) a donné lieu à un effet boule de neige.   @gildedspine @Ceilidhann Sounds like something that needs to get shared right now. #YesAllWomen — annie cardi (@anniecardi) 24 Mai 2014 Outre l’appui de ces leaders d’opinion, on peut légitimement arguer que le mouvement a aussi bénéficié de l’aide de deux communautés dynamiques et très actives sur les réseaux sociaux : la communauté féministe et la mosaïque des communautés anti-armes à feu (que nous avions déjà étudiée dans une publication précédente). Cependant, l’appui d’influenceurs et de communautés actives, deux critères fondamentaux dans la viralité d’une publication sur les réseaux sociaux, n’ont servi qu’à donner une impulsion au mouvement. Le succès de ce dernier réside ailleurs. L‘explosion de #YesAllWomen viendra dans un second temps. Rapidement, le hashtag va déclencher une vague apolitique et anonyme dépassant la question de la tuerie de San Barbara. En moins de quatre jours, elle a atteint les 1,2 millions de Tweets – le tiers de ce qu’a réalisé #BringBackOurGirls en deux mois. Ainsi, un nombre important de femmes sur Twitter vont tour à tour s’exprimer de façon personnelle et intime sur leurs quotidiens. La vague, multipliée par une large domination des femmes sur les réseaux sociaux, a donné lieu à un moment de rare spontanéité qui révèle les violences, ouvertes ou pernicieuses, subies par la gent féminine. L’impact du mouvement sur la presse américaine est radical. Le volume d’articles relatifs à ce simple hashtag est gigantesque (une simple recherche Google devrait vous en convaincre). Certes, une contre-campagne (#NotAllMen) s’est organisée mais a paradoxalement aidé à propulser #YesAllWomen davantage en alimentant un débat. Certains ont reproché en parallèle à #YesAllWomen de ne pas se concentrer suffisamment...

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