Détection des rumeurs en temps réel : le projet PHEME

L’utilisation des media sociaux permet indubitablement de créer et de renforcer les liens entre l’entreprise et ses audiences afin de développer une véritable relation de confiance. Néanmoins, nombreux sont les exemples qui mettent en lumière les effets négatifs qui ont émergé avec ces nouveaux outils de communication. Aux classiques commentaires négatifs pouvant dégénérer en médiatisation désastreuse grâce aux propriétés de résonnance du Web 2.0 se sont ajoutées les campagnes de dénigrement et de désinformation volontaire. Ces éléments, individuels et isolés ou orchestrés et systématiques, nuisent à l’entreprise et sapent sa réputation, véritable actif immatériel.

L’engagement digital, s’il permet de prendre la parole et de s’intégrer dans les discussions émanant des communautés qui gravitent autour de l’entreprise, possède donc également une dimension préventive voire défensive. S’il n’est pas la garantie d’être épargné par les manifestations d’hostilité, il permet cependant de mettre en œuvre les moyens nécessaires à une contre-offensive rapide et efficace. Le sujet est suffisamment important pour que des projets de recherche se penchent sur des applications techniques permettant d’épauler le monitoring humain des propos tenus sur le Web 2.0.

C’est notamment le cas du projet PHEME, composé de plusieurs chercheurs et mené par l’Université de Sheffield en collaboration avec les universités de Warwick, le King’s College London, Saarland en Allemagne et l’Université Modul de Vienne. Quatre entreprises sont également impliquées dans ce projet : Atos Espagne, iHub au Kenya, Ontotext en Bulgarie et Swissinfo.ch. L’objet de cette initiative est d’étudier en temps réel les propos tenus sur les media sociaux afin de les catégoriser en fonction de leur véracité. Le projet a démarré début 2014 pour une durée de 3 ans.

La responsable du projet, Dr Kalina Bontcheva met en avant le volume des informations émises, la rapidité de leur circulation sur le Web 2.0 et la variété des sujets traités. Elle précise que l’objet du projet PHEME est de traiter également un quatrième aspect : la véracité des données. Elle prend l’exemple des alertes adressées au service d’urgence qui peuvent parfois ne pas être fondées. Pour analyser en temps réel de telles informations, le projet financé par l’Union Européenne va chercher à classifier les rumeurs (au sens d’information non vérifiée et classifiée) en quatre catégories distinctes :

  • Spéculation : hypothèse sur l’avenir (allégations économiques etc.),
  • Controverse : débat (vaccination, politique etc.),
  • Transmission d’information erronée sans volonté de nuire,
  • Désinformation : transmission volontaire d’information erronée.

Pour ce faire, le système cherche à identifier l’émetteur de l’information afin de juger de son degré de pertinence, de crédibilité ainsi que son historique : journaliste, expert, témoin oculaire, robot, faux compte, etc. En parallèle, le système recherche des sources additionnelles visant à corroborer ou infirmer les propos tenus. Il étudie également la dissémination et l’évolution de l’information tenue afin de suivre son ancrage potentiel.

L’approche est interdisciplinaire et implique donc plusieurs domaines d’activité : gestion et indexation de données, traitement sémantique multi linguistique, schématisation de la diffusion de l’information, crowdsourcing, etc. A ce stade, le projet est étudié dans deux domaines : le journalisme, ce qui est l’apanage de la Swiss Broadcasting Corporation et la santé, qui sera gérée par l’Institut de Psychiatrie du King’s College London. L’analyse des rumeurs fait appel aux travaux du professeur Rob Procter qui avait étudié les rumeurs et leurs propagations notamment dans le cadre des émeutes londoniennes de 2011.

Les résultats de ce projet de fact checking permettront de considérer dans quelle mesure ce genre de solution automatisée peut être mise au service de la résolution des problématiques de réputation corporate. L’expérience montre toutefois que la construction des campagnes de désinformation hostile les plus destructrices se base sur l’établissement d’une crédibilité certaine. Le véritable enjeu, au-delà de l’identification de propos erronés voire malveillants, réside donc dans une réaction adaptée : contre argumentaire ciblé, mobilisation de Key Opinion Leaders crédibles et fiables, etc.

 

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