Cartographier les trafics à l’échelle planétaire : l’exemple de l’ivoire

L’arrivée des réseaux sociaux n’a pas seulement changé la nature du trafic illicite : elle a aussi modifié la façon de le combattre.

Alors que le crime organisé a de plus en plus recours au Web (via notamment des services comme TOR ou l’utilisation des DarkNets), Internet peut aussi se révéler une arme redoutable pour les entreprises ou les ONG cherchant à exposer ces trafics illicites et immoraux.

C’est ce que nous démontre cette semaine l’organisation non gouvernementale C4ADS avec son rapport Out of Africa sur le trafic illicite de l’ivoire dans le monde.

Route_Ivoire

Source: USAID GIST Portal Africa roads basemap; shortest path analysis QGIS route plugin; C4ADS investigation

 

Out of Africa : le rapport qui cartographie le trafic d’ivoire

Entre 2009 et 2014, des organisations criminelles ont écoulé près de 170 tonnes d’ivoire, ce qui correspond à près de 230 000 éléphants abattus. Le prix de revient de l’ivoire au kilo, en Chine, étant de 2.100 dollars, le trafic s’élève à 23 milliards de dollars l’année.

Pour répondre au danger d’un trafic qui provoque des dégâts autant écologiques qu’économiques (notamment par la baisse du tourisme), C4ADS, une organisation non-gouvernementale, a réussi à cartographier, par le biais de sources ouvertes (presse, réseaux sociaux, base de données…) et de données d’entreprise, les réseaux des organisations criminelles.

Non sans mal, ils ont ainsi été capables de géolocaliser les "points chauds" du trafic d’ivoire mais également de déterminer avec précision les routes, maritimes ou terrestres, employées par les trafiquants d’Afrique vers l’Asie.

Trafic maritime international de l'ivoire

Liens_Majeurs_Cargo_Drogues

Parallèlement, ils ont aussi été capables d'identifier les chaînes de distribution et de remonter les traces de certains trafiquants tout en établissant les points d’entrée ou d’échanges de l’ivoire clandestin (principalement en Chine, principal pays consommateur de la matière). Le résultat est un rapport très éclairant. Même si, de l’avis même des rédacteurs, il reste des zones d’ombre, les conclusions des chercheurs permettent de mettre en avant certains dysfonctionnements et d’orienter les recherches des autorités compétentes.

 

L’analyse des sources ouvertes, une chance à saisir pour les entreprises

L’analyse de sources ouvertes est une pratique encore sous-estimée. A l'heure actuelle, les sources ouvertes représentent 90% de l'acquistion d'informations selon les services de renseignement, et la plupart de ces données sont disponibles en ligne. Les exemples ne manquent pas pour illustrer cet état de fait : du bloggeur capable de suivre avec précision l’état des frappes aériennes et le trafic d’armes en Syrie (en croisant les données de Youtube, Facebook, Twitter…) aux journalistes qui ont découvert une base secrète de l’EIIL et ont également été capables d’établir où le journaliste James Foley aurait été assassiné en analysant les photos du groupe armé radical (architecture des ponts, orientation du soleil, taille de la dune…).

Or, si des exemples fourmillent, ils sont trop souvent cantonnés à la seule géopolitique des États. Trop de personnes oublient que les entreprises internationales peuvent non seulement tirer profit d’une analyse poussée des réseaux sociaux et des ressources ouvertes, mais y voir également des solutions à leurs problématiques de sécurité.

L’intérêt de l’entreprise dépendra évidemment de son cœur de métier : la contrefaçon pour les entreprises du luxe, la fraude dans le secteur pharmaceutique, ou la nature de la cargaison pour des entreprises du transport (le leader du maritime CMA CGM a été cité par ailleurs dans le rapport de CA4ADS et dont la réputation a déjà été la victime collatérale du trafic d’armes).

Eliot Higgins, le bloggeur qui surveille l'état des frappes aériennes en Syrie

Higgins encounters a new video from Syria from matthew weaver on Vimeo.

 

Pour autant, aujourd'hui, rares sont les entreprises de conseil capables de réunir les quatre composantes fondamentales d’une analyse poussée des sources ouvertes, c’est-à-dire :

  • Les données ouvertes, payantes ou gratuites, issues de registres de commerce, de base de données professionnelles ou ad hoc, etc ;
  • Les moyens techniques, à savoir les logiciels nécessaires pour pouvoir croiser et référencer les données (dans le cas de Out of Africa, l’ONG a utilisé le logiciel Palantir) ;
  • Le savoir-faire humain, indispensable atout pour faire "parler" les données (cela passe autant par la maîtrise de logiciels, que celle de requêtes complexes sur les moteurs de recherche, les réseaux sociaux…), mais aussi être capable de porter un regard d'expert pour les utiliser au mieux ;
  • Une solide base de linguistes, surtout dans le cas de trafics internationaux, afin d’exploiter au mieux des données d’origine diverse.

Il convient aussi d’ajouter que si le rapport Out of Africa permet une analyse rationnelle des données en source ouverte et une cartographie précise des flux, on regrettera que l'aspect des recherches portant sur les ressources liées au Web (analyse d’adresses e-mail, registres WhoIs, données Exiff) ait été trop peu exploré. 

Notre approche privilégie au contraire le recours aux quatre composantes citées plus haut (données, moyens techniques, savoir-faire humain, base linguistique) combinée à une analyse précise des données liées aux ressources "digitales" (analyse de medias sociaux, données Web (adresse IP, WhoIs, métadonnées photo…), et ce afin d’enrichir les analyses et de déterminer toutes les parties prenantes concernées dans le cadre de trafics de ce type.

 

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