Open data et entreprises françaises : ce que dit le registre du commerce en France

Dans une démarche d’open data, nous avons analysé les données publiques des entreprises françaises. Une démarche qui en dit long.

En 2015, le site de données publiques https://datainfogreffe.fr lancé par Infogreffe a donné accès à la plupart des données des greffes de tribunal de commerce sous divers formats, ouverts et réutilisables. On peut ainsi y trouver les informations de radiation et d’immatriculation des entreprises en France depuis 2012.

Nous nous sommes donc prêtés au jeu de l’Open Data en utilisant le logiciel Dataviz Tableau Software, et en compilant les données de radiation et d’immatriculation des entreprises françaises depuis 2013 soit 870 015 lignes Excel. Cela nous permet d’en tirer quelques enseignements, et surtout des tableaux de bord interactifs que n’importe qui peut réutiliser pour effectuer ses propres analyses.

L’open data révèle les inégalités entre régions

La carte géolocalisée des entreprises immatriculées et radiées montre clairement que ce sont les villes qui attirent les entreprises :

Données-publiques-entreprises-région-france

Plus précisément en prenant l’exemple d’Angers (chaque point correspond à une entreprise géolocalisée donc il y a plusieurs points pour la même ville, à des quartiers différents) :

données-publiques-localisation

On notera le dynamisme de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, 8ème région la plus peuplée mais troisième en termes de différentiel radiation – immatriculation d’entreprises. Les régions Pays de la Loire, Centre Val De Loire et Bretagne ne s’en sortent pas trop mal également. A l’inverse, les « Hauts de France », 3ème région la plus peuplée, n’est que 6ème pour les immatriculations d’entreprises. Attention l’échelle a été adaptée pour éviter que l’Ile de France écrase les autres régions : il y a bien plus d’immatriculations d’entreprises que de radiations en IDF.

En sélectionnant la région Ile de France, on constate qu’en dehors des activités de conseil et de sociétés holding, c’est clairement le secteur de la restauration notamment rapide et celui du conseil en systèmes et logiciels informatiques qui se sont développés ces trois dernières années. On peut également utiliser le filtre de la timeline pour vérifier les données sur une période prédéfinie. Ainsi sur l’année 2015, le secteur du transport de voyageurs par taxi fait une entrée impressionnante avec 2670 immatriculations !

Tableau3Quelques regrets sur les données fournies par InfoGreffe : le tiers environ des entreprises radiées en 2014 n’ont pas de région, d’où le gros total « Null » de 47 111 dans la carte des régions. En le sélectionnant, nous pouvons constater une répartition géographique aléatoire donc a priori cela ne remet en pas cause les analyses, mais il est dommage de ne pas y avoir fait attention. Plus gênant, pour la région Alsace, seules les radiations d’entreprises survenues en 2015 sont indiquées.

Voici un guide rapide pour exploiter au mieux notre dataviz interactive sur cette partie de l’analyse :

Tableau4

 

 

La dynamique au niveau local : l’exemple de la ville d’Angers

Les données de https://datainfogreffe.fr incluant l’adresse et les villes des entreprises enregistrées, il est possible d’effectuer des recherches par ville. Plusieurs options sont possibles pour ce faire via Tableau Software, nous avons opté pour un filtre avec autocomplétion afin de bien sélectionner les bonnes valeurs. Nous obtenons donc pour la ville d’Angers les valeurs suivantes en immatriculation / radiation d’entreprises :

Tableau5

Les nombreux pics de radiation sont trompeurs, car le total d’immatriculation d’entreprises est toujours supérieur aux radiations : + 17 en 2013, + 95 en 2014, + 94 en 2015.

Ce sont surtout les sociétés de holding, de conseil et la restauration (rapide et traditionnelle) qui portent les créations d’entreprises :

Tableau6

A l’inverse, les agences immobilières et le commerce de détail semblent en difficulté à Angers, tout comme l’ingénierie et les études techniques. Cette dernière tendance semble se prolonger puisque c’est en 2015 que la différence entre immatriculations et radiations d’entreprises du secteur de l’ingénierie et des études techniques est la plus forte –4).

Voici un guide rapide pour exploiter au mieux notre dataviz interactive sur cette partie de l’analyse :
Tableau7

Les VTC explosent, le conseil stagne, l’immobilier reprend

Si nous comparons globalement les données de 2013 à celles de 2015, nous constatons que pour la majorité des secteurs il y a plus d’immatriculations que de radiations d’entreprises (le classement est décroissant en fonction du total sur les trois ans de la différence immatriculations – radiations), avec en orange les secteurs où cette différence est positive (création) et en bleu négative (destruction) :

Tableau9

 

 

La taille des barres est fonction de la progression des immatriculations, pour souligner les secteurs les plus dynamiques. Le solde entre immatriculation d’entreprises et radiation d’entreprises était de 25 832 en 2012, contre 36 793 en 2015… Nous constatons néanmoins que l’année 2014 est celle qui avait le plus de création par rapport aux destructions d’entreprises : 45 014.

Quels sont les secteurs qui vont mieux ? Le secteur du conseil et des études au sens large semble bien se porter et favoriser l’entrepreneuriat :

  • le conseil pour les affaires continue sa progression, passant d’un solde en faveur des immatriculations d’entreprises de + 2716 en 2013 à + 3401 en 2015
  • le soldedes activités des sociétés holding passe de + 4217 en 2013 à + 5407 en 2015
  • le conseil en systèmes informatiques passe de + 794 en 2013 à + 1103 en 2015
  • les études techniques et l’ingénierie progressent également : + 557 en 2013, + 675 en 2015

D’autres secteurs sont également en haut du classement :

  • La restauration rapide, avec un fort volume d’immatriculations, passe d’un solde de + 2138 entreprises en 2013 à + 2283 en 2015,
  • Le transport de voyageurs en taxi, avec les VTC, commence sa croissance : le volume total des immatriculations reste faible chaque année, mais elles demeurent plus nombreuses que les radiations : + 681 en 2013, + 3249 en 2015,
  • Les débits de boissons et les boulangeries pâtisseries sont également en croissance continue.

Nous noterons que l’ensemble de ces secteurs est colorié en orange, avec un chiffre de différence annuelle entre immatriculations et radiations toujours supérieur à 0. Seul le secteur des agences immobilières, qui est passé d’une différence de -352 en 2013 à + 222 en 2015 ce qui semble cohérent avec une relative reprise de l’immobilier, a réussi à inverser la tendance dans les secteurs encore en difficulté en 2013 (en bleu donc sur le graph).Tableau9

Nous pouvons ainsi identifier plusieurs secteurs d’activité en difficulté :

  • La restauration traditionnelle: bien que présente en haut du graphique car la différence entre immatriculations et radiations d’entreprise était largement supérieure à zéro en 2013 et en 2014, en 2015 la différence devient négative et passe à – 1104, ce qui en fait le secteur le plus sinistré en 2015 ;
  • On passe de la même façon d’une différence positive de + 208 en 2013 à – 605 pour les travaux de maçonnerie ;
  • Les immatriculations de commerce de détail d’habillement étaient 320 de moins que les radiations en 2013, en 2015 le total est de 530 ;
  • Le transfert routier de fret de proximité reste en difficulté, passant d’un différentiel de – 153 à 2013 à – 410 en 2015.

 

Voici un guide rapide pour exploiter au mieux notre dataviz interactive sur cette partie de l’analyse :Tableau10

Sur la capture d’écran, en faisant une recherche sur les secteurs d’activités contenant le mot « routier », nous comparons les données du transport routier de voyageurs et du transport de fret : le premier commence clairement à se développer suite à la loi Macron.

Attention pour la lecture de cette dataviz : la taille relative des barres correspond aux immatriculations et pas à la soustraction immatriculations – radiations, dont le total est indiqué à l’extrémité des barres (négatif ou positif) et représenté par un code couleur.

En descendant le long du graphique pour voir l’ensemble des comparaisons, l’on peut constater :

  • Le dynamisme des activités de sécurités privées: – 227 de solde de création / suppressions d’entreprises en 2013, passé à un solde positif de 34 en 2015,
  • Le recul des créations d’hôtel: + 21 de solde en 2013, contre – 208 en 2015 (la baisse de la taille du graph montre qu’il s’agit moins de radiations que d’une baisse des immatriculations),
  • Une forte baisse des immatriculations de fonds de placements : le solde était positif de + 300 en 2013, contre – 280 en 2015.

Des secteurs d’activités aux dynamiques très inégales

Si les immatriculations d’entreprises progressent par rapport aux radiations d’une année sur l’autre, il apparait de fortes inégalités entre régions, territoires urbains et périurbains, mais aussi selon les secteurs. Globalement, les entreprises dont le chiffre d’affaires dépend le plus du pouvoir d’achat des français semblent être les plus impactées. A contrario, tout ce qui relève du conseil et des services plutôt liés aux grandes entreprises, voir aux collectivités, se développe.

Si on reprend le dernier tableau de bord, en sélectionnant chaque région et/ou ville, on peut voir le détail année après année de progression des soldes positifs de créations d’entreprise de chaque secteur. Ainsi pour la région Centre Val de Loire, on constate une progression régulière du solde immatriculation – radiation dans les activités de soutien à la culture (+86 en 2013, +59 en 2014, + 32 en 2015), ainsi que l’entretien et la réparation de véhicules automobiles légers et le commerce de ces véhicules. A l’inverse de la tendance générale, le secteur des agences immobilières est retombé dans un solde négatif en 2015, après un solde positif en 2014 : -27 en 2013, + 30 en 2014, – 15 en 2015.

On peut également avoir ces mêmes données pour une ville en particulier : toujours dans la région Centre Val de Loire, Châteaudun manque clairement de dynamisme puisque les valeurs les plus élevées de solde des immatriculations et radiations ne dépassent pas les 10 unités. A contrario, il n’y a pas de perte sèche : le secteur le plus mal pourvu, celui de la restauration traditionnelle, a un différentiel de -3 sur 3 ans. En résumé, l’économie de Châteaudun fait du surplace.

Tableau11

Il sera intéressant de vérifier si les tendances observées ici continuent de se vérifier avec les données 2016.

N’hésitez pas à nous contacter si vous voulez en savoir plus ou intégrer des données antérieures ou postérieures pour prolonger l’analyse.

Quelques précisions techniques sur le traitement des données

Il faut noter que les radiations d’entreprises auprès du greffe du Tribunal de commerce ne correspondent pas toujours à des cessations d’activité ou à des dissolutions : il peut aussi s’agir d’une fusion, d’une vente d’entreprise… cette information n’est pas disponible dans nos données, mais en règle générale une radiation d’entreprise signifie sa disparition – ce qui simplifie notre analyse.

Nos chiffres seront quelque peu divergents sur les secteurs d’activité de ceux de datainfogreffe car nous avons effectué un gros travail de nettoyage de la base, certains noms de secteurs ayant changé ce qui fait que les secteurs correspondant apparaissent en doublon, ou plus trivialement pour rectifier des erreurs de saisies. Le plus gros du travail d’analyse de données reste toujours la vérification de l’exactitude de la base de données utilisée.

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