Les réfugiés climatiques : un sujet passé inapercu sur Twitter

Sur Twitter, les migrations de réfugiés climatiques sont encore peu évoquées et manquent cruellement de visibilité. Dans notre étude de cas sur la Cop20, nous analysons pourquoi les experts n’arrivent pas à faire porter leur voix sur le sujet et comment les questions de migrations de réfugiés climatiques sont détournées par des groupes activistes.

Plus de vingt ans se sont écoulés depuis le discours fracassant de Severn Suzuki, cette jeune fille de 12 ans qui avait réduit au silence les dirigeants du monde lors du Sommet de la Terre à Rio.

Depuis cette entrée remarquée, les enjeux climatiques se sont peu à peu imposés dans la sphère médiatique au rythme des publications scientifiques alarmantes sur la dégradation de l’environnement.

1992 est aussi l’année durant laquelle a été créée la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), à la suite du Sommet de la Terre. Par la suite seront créées les COP (Conférence des parties), communément surnommées conférences pour le climat et dont Paris accueillera la 21è édition en novembre – la COP 21.

En amont de la COP 21, notre analyse vise à faire une rétrospective sur la précédente conférence pour le climat, la conférence de Lima ou COP 20, et notamment sur un sujet encore trop peu abordé dans les discussions liées au réchauffement climatique : celui des migrations de réfugiés climatiques.

 

Notre méthodologie

Les migrations climatiques sont les flux des mouvements humains qui sont liés à une catastrophe naturelle. Le terme de réfugiés climatiques ou réfugiés écologiques est généralement utilisé pour décrire les individus qui ont été dans l’obligation de se déplacer. Selon le Norwegian Refugee Council, à l’heure actuelle 22 millions de personnes ont dû quitter leurs foyers en raison de catastrophes naturelles. Un chiffre qui semble être amené à augmenter du fait des activités humaines et de la dégradation du climat.

Notre analyse consiste à observer les échanges francophones et anglophones effectués via Twitter sur les migrations de réfugiés climatiques. Il s’agit aussi d’introduire une recherche plus vaste des travaux de recherche d’Emilie Chevalier sur le discours spécifique aux migrations climatiques et aux îles Pacifique, dont l’avenir reste imprécis et fait l’objet de débats.

Notre premier objectif a été de comprendre comment les discussions sur les migrations climatiques se sont structurées et quels acteurs ont exercé une forte influence durant la COP 20 et ce dans le but de faire une analyse prospective.

Nous avons utilisé la plate-forme d’analyse Visibrain Focus TM afin de nous renseigner sur la façon dont les internautes communiquent sur les migrations de réfugiés climatiques, comme le théorise le courant de recherche des Digital Methods initié par Richards Roger. Le choix de Twitter est très bien justifié par l’article de Nikos Smyrnaios et Pierre Ratinaud (2013) : c’est le seul réseau social dont l’accès à l’API permet de couvrir l’ensemble des messages postés, puisque Twitter est essentiellement une plate-forme de diffusion publique.

Dans le cadre de notre enquête, nous avons sélectionné un total de 5 698 tweets liés aux migrations climatiques sur les 410,000 tweets échangés durant la COP 20[1]. Afin d’être la plus exhaustive possible, cette analyse se divisera en deux points : une analyse micro (par hashtag et par identification de comptes Twitter) et une analyse macro (par la visualisation de communautés actives autour d’un hashtag ou d’un individu)

 

Analyse micro : les hashtags et les comptes Twitter influents

A) Analyses des principaux hashtags et expressions utilisés

Sur l’ensemble des tweets mentionnant les migrations climatiques, on constate que les principales expressions et hashtags sont liés au climat :

  • #climate (9 265 mentions)
  • #climatechange (1 838)
  • #globalwarning (690)
  • “climate change” (9129)
  • climate (4 801)
  • climatechange (1 022)
  • La conférence sur le climat est aussi dans les principaux hashtags, via #COP20 (4 701 occurrences).

migrations-climatiques-01_Total_migrations_climat_2911_18_12

Parmi ces tweets, on retrouve également la forte présence de termes liés aux climats extrêmes : #drought (1116), #environment (745), #weather (786), drought (1422), “california drought” (995), typhoon (512). Le terme “sea level rise” est présent 2 579 fois, mais sans le terme “climate“.

Bien que la recherche soit effectuée avec des termes français et anglais, 92 % des tweets sont anglais, 4 % seulement sont français. Les principaux pays géolocalisés sont les Etats-Unis et le Royaume-Uni, suivis de l’Australie et du Canada. Les îles Pacifiques sont très peu représentées.

migrations climatiques-02_tweets_migrations_pays

D’après nos analyses, les hashtags de la Conférence sur le Climat qui prédominent sont #cop20 et #cop20lima. Sur les mots-clés, on notera la forte mise en avant de “people“(923 occurrences) et de “seal level rise” (210) – lié à “resilience” pour ce dernier. Le passage du typhon Hagupit fin 2014 est bien représenté avec 312 occurrences de #hagupit, 229 de “Typhoon” et 152 de “philippines“.

La catastrophe naturelle a donc servie à interpeller les participants de la COP 20.

Deux hashtags spécifiques ont aussitôt attiré notre attention : #climatejustice (194) et #humanmobility (88), dont l’utilisation semble correspondre à une stratégie de communication spécifique autour des enjeux des migrations de réfugiés climatiques : revendiquer la défense des droits des populations en danger et alerter sur la réalité des migrations de ces populations.

Par ailleurs, on peut constater de nombreuses mentions à l’ile de Kiribati (197), utilisée à tort ou à raison comme un symbole des risques encourus par certaines populations du fait du changement climatique.

03_COP20_migrations-climat_2911_18_12

La répartition linguistique et géographique des tweets est la même que pour la recherche générale : Etats-Unis, Royaume-Uni, Australie et Canada sont les pays les plus cités.

On constate que les comptes Twitter les plus mentionnés ici sont ceux d’Oxfam, d’Abrupt Climate Change (deux ONG luttant respectivement contre la pauvreté et le changement climatique) et de Democracy Now, une émission américaine d’actualité proche de la mouvance altermondialiste.

B) Identification des comptes Twitter leaders sur les migrations climatiques durant la COP 20

Afin d’identifier les comptes Twitter leaders sur les migrations de réfugiés climatiques durant la période de la COP 20, nous nous sommes appuyés sur les travaux de Rieder et Smyrnaios (2012) qui ont montré que l’analyse des retweets et des mentions étaient les meilleurs indicateurs du poids d’un utilisateur de Twitter[2].

On utilise pour ce faire le logiciel de cartographie des réseaux Gephi, qui permet d’appliquer plusieurs calculs issus de la théorie des réseaux sociaux aux dynamiques d’échanges sur Twitter, en l’occurrence les mentions entre les différents comptes Twitter sur la thématique étudiée.

Cette analyse a permis d’extraire la cartographie suivante :

04_COP20_mentions

La première indication visuelle de la cartographie montre qu’il ne semble pas y avoir eu de leaders lors des échanges sur Twitter concernant les migrations climatiques pendant la COP 20 de Lima. Plus précisément, il n’y a pas eu de conversations sur les migrations de réfugiés climatiques, ou d’échanges, seulement des prises de paroles successives ou superposées.

Pour étayer la véracité de ce constat, nous allons essayer de déterminer s’il existe des utilisateurs centraux au sein de cette communauté. Pour ce faire, nous allons appliquer le calcul de la “betweeness centrality“, qui mesure la « centralité » de chaque nœud dans les échanges entre communautés. Autrement dit, cette méthode permet de déterminer s’il y a eu un utilisateur central en lui attribuant une valeur plus ou moins forte au regard de ses interactions :

05_COP20_entremise

Si @democracynow a une valeur élevée, tout comme celle de son nombre de mentions, plusieurs des comptes Twitter les plus mentionnés ont ici une valeur plutôt faible – @Oxfam, @350, @greenpeace100re – voir disparaissent complètement de la cartographie : @gpph, @canintl, @limcacop20, @worldbank

Cela signifie que dans les échanges sur les migrations de réfugiés climatiques de la COP 20, ces comptes Twitter ne sont pas centraux. Ils obtiennent beaucoup de mentions parce qu’ils sont des acteurs importants et très suivis du changement climatique, mais ils ne sont pas au cœur des échanges Twitter spécifiques. On est plus proche ici d’une communication classique et verticale plutôt que des échanges fondés sur l’engagement et l’interaction.

A l’inverse, le réseau violet autour d’individus tels que @nanseninitiativ, avec notamment la présence de @duycks, semble particulièrement central. Il doit donc s’agir d’une communauté particulièrement active sur la thématique des migrations de réfugiés climatiques durant la COP 20.

Cette intuition est confirmée par la cartographie des relations entre les comptes les plus actifs (ceux qui mentionnent les plus d’autres comptes twitter dans leurs tweets) :

06_COP20_activisme

Le réseau violet autour de @nanseninitiativ et de @unuehs est à nouveau le mieux représenté et semble donc plutôt actif sur les migrations climatiques. On notera aussi que les principales ONG et les organes de l’ONU disparaissent complètement : cela confirme que leur visibilité n’est due qu’à un ou deux tweets sur le sujet qui ont été massivement relayés par leurs abonnés.

On peut donc conclure que les ONG et les organes de l’ONU conservent une influence de notoriété alors même qu’ils communiquent et échangent très peu sur le sujet, ce qui n’est pas le cas apparemment des membres du réseau violet. Les « passeurs d’idées » que sont @nanseninitiativ ou encore @unuehs n’arrivent pas à atteindre une visibilité égale à un niveau macro, malgré le fait qu’ils demeurent des experts du sujet.

Analyse macro : les communautés liées aux migrations de réfugiés climatiques durant la COP 20

A) Les communautés liées aux migrations de réfugiés climatiques durant la COP 20

Gephi permet de séparer les communautés d’utilisateurs via l’algorithme de modularité proposé par Blondel et al. (2008). Dans notre cas, ces communautés correspondant à des groupes d’utilisateurs de Twitter (3785 selon nos calculs) qui se mentionnent et/ou se retweetent les uns les autres sur le thème des migrations climatiques. Autre point intéressant, les communautés se sont structurées en fonction des thématiques spécifiques et autour d’”influenceurs”.

Notre analyse nous montre qu’au sein des 3 785 comptes qui évoquent la COP 20, très peu s’intéressent en priorité aux migrations climatiques : la plupart s’exprimeront sur le sujet de façon marginale.

Nous avons identifié cinq communautés associées à la thématique des migrations climatiques :

  • 1ère communauté: autour du typhon Hagupit et des Philippines, composée de 212 comptes ;
  • 2ème communauté: les défenseurs des peuples autochtones, composée de 203 comptes ;
  • 3ème communauté : autour des catastrophes climatiques, composée de 190 comptes ;
  • 4ème communauté : autour de la Banque Mondiale, composée de 181 comptes ;
  • 5ème communauté : celle qui a nos yeux présentent le plus d’intérêt, celles des « experts » des problématiques rencontrées par les réfugiés climatiques.

Infographie sur les communautés liées aux migrations de réfugiés climatiques et leurs mots-clefs

Les communautés qui s’expriment sur ce sujet sont donc très peu nombreuses : à peine 25% des comptes traitant de la COP 20, ce qui confirme donc que le sujet est peu discuté.

On retrouve des schémas communs selon les communautés. Dans le cas de la 1ère et de la 2ème communauté, on constate ainsi la présence d’acteurs influents qui vont améliorer la visibilité des deux communautés (respectivement @Democracynow et @yebsano pour la 1ère communauté et @Greenpeace100RE et @UN_ClimateTalks pour la 2ème communauté).

En revanche, ces dernières évoquent très rarement la question des migrations climatiques : en réalité, les mots-clefs associés sont plutôt détournés comme le montre l’exemple de la communauté autour des ravages du typhon Hagupit aux Philippines.

Celle-ci tire parti de l’influence de Yeb Sano, négociateur philippin qui avait marqué la COP19 par son discours émouvant, et dont l’absence à la COP 20 a provoqué un tôlé. Le compte Twitter de l’émission @Democracynow intervient principalement sur le registre de la catastrophe climatique, tout en s’exprimant marginalement sur le sujet des réfugiés climatiques.

L’analyse macro permet donc de confirmer les conclusions de l’analyse micro, ciblée sur les comptes et les hashtags. Les communautés les plus visibles sur les questions des migrations climatiques s’expriment de façon marginale, et cette visibilité n’est due qu’à la présence « d’influenceurs » tels que Yeb Sano ou Democracynow.

On est donc davantage dans une logique de tweets/retweets sans véritable échange sur le sujet – logique que suit également la 3ème communauté qui elle s’articule autour du compte @El_Climate – compte Twitter du portail ClimateArk.org consacré au changement climatique.

 

B) Deux communautés qui sortent du lot

Deux communautés se focalisent davantage sur le sujet des migrations de réfugiés climatiques. C’est le cas de la 3ème communauté qui s’articule autour de la banque mondiale via @wbclimatechange – le compte Twitter de la banque mondiale dédié au changement climatique. Cet intérêt est pourtant limité avec un faible volume de publications sur le sujet.

Ce n’est pas le cas de la 6ème communauté qui est en réalité très active et dont le cœur de discussion est centré sur les migrations de réfugiés climatiques : ce sont ses membres qui forment les discussions les plus complètes et surtout qui utilisent des hashtags et mots-clés spécifiques sur le sujet (voir infographie plus bas).

En utilisant un algorithme spécifique, on peut visualiser l’ensemble des 164 comptes Twitter de cette communauté :

07_COP20_reseau_5

Première conclusion immédiate : s’il s’agit de la communauté la plus pertinente et la plus active sur le sujet, elle est pourtant loin d’être la plus visible.

C’est pourtant cette dernière qui bénéficie d’une véritable expertise avec des membres fédérateurs tels que Nansen Initiative (@nanseninitiativ), un think tank spécialisé dans le domaine des migrations climatiques, et l’UNU-EHS (@UNUEHS), un autre think tank des Nations-Unies qui se concentre sur l’impact des catastrophes naturelles et climatiques sur les migrations.

L’analyse de l’utilisation des hashtags offre un niveau de lecture supplémentaire pour expliquer cette absence de visibilité.

 

C) Cartographie de liens à partir des hashtags relatifs aux migrations climatiques

En appliquant la logique des graphs à l’utilisation des hashtags, nous allons voir à quelles communautés appartiennent certains hashtags utilisés dans les tweets évoquant les migrations de réfugiés climatiques.

Nous avons retenus quatre cartographies de liens de hashtags qui démontrent de façon assez claire l’utilisation de hashtags associés[3] :

  • #Climate
  • #COP20
  • #migration
  • #resilience et #mscii – pour Munich Climate-Insurance Initiative, une initiative lancée par l’ONU qui propose des assurances pour les réfugiés climatiques

La communauté autour du hashtag #climate

08_cop20_hashtag_climate

Les utilisateurs de Twitter parlant de catastrophes climatiques utilisent #climate plutôt que #COP20

De façon surprenante, ce sont surtout les tweets sur les désastres climatiques qui mentionnent le hashtag #climate en pleine conférence du Climat. Le hashtag #COP20 est relativement peu associé au hashtag #climate qui est lui complètement phagocyté par des discours catastrophes. On peut émettre l’hypothèse que le hashtag a été en réalité rattrapé par l’actualité. Le typhon Hagupit a en effet frappé les Philippines en pleine conférence sur le climat, détournant ainsi de fait l’attention des communautés de la COP 20.

La communauté autour du hashtag #COP20

09_cop20_hashtag_COP20

Quand on s’intéresse aux tweets ciblés #COP20 en revanche, on retrouve davantage le champ lexical de la revendication sur les migrations climatiques, notamment les logiques de “climate justice“, de droits des indigènes, et la mobilité humaine en générale. On notera la présence de hashtags similaires, principalement du fait de faute d’orthographe : #climtejustice et #climatejustice, #hagupit et #hakupit…

La référence à la situation potentiellement périlleuse de l’île de Kiribati (et des îles du Pacifique en général) dont les habitants sont considérés comme des réfugiés climatiques en puissance – bien que les scientifiques soient divisés sur la question confirme que Kiribati sert d’exemple pour les risques climatiques aux ONG et activistes.

En revanche, mis à part un hashtag relatif à la mobilité des réfugiés (#humanmobility), les références aux migrations climatiques sont plutôt rares. Il a manqué un hashtag fédérateur autour de ce sujet qui s’est davantage structuré autour d’une logique revendicatrice.

La communauté autour du hashtag #migration

10_cop20_hashtag_migration

De façon intéressante, le hashtag #migration n’a connu qu’un succès relatif. On peut même évoquer un détournement de hashtag puisque ce dernier s’est retrouvé associé à des noms d’animaux en lieu et place des migrations humaines. Les défenseurs de la nature semblent donc plus prompts à s’en servir.

Les micros communautés autour de #mcii et #resilience

11_cop20_hashtag_varies_migrations

En dehors d’une sous-communauté liée aux erreurs d’orthographe sur Hagupit et les Philippines, on constate ici que l’usage des hashtags #vulnerable, #mcii (Munich Climate-Insurance Initiative, une assurance anti-risques climatiques) et #insurance d’une part, et #resilience, #adaptation et #mitigation (n.b. : hashtags liés aux stratégies d’adaptation et d’atténuation du changement climatique) d’autre part, est totalement déconnecté du reste des échanges ; seule une communauté d’utilisateurs sensibilisés communique sur le sujet. Ces hashtags spécifiques font référence à des solutions de recours aux enjeux posés par les migrations climatiques mais sont finalement très peu repris.

Cette déconnexion démontre bien qu’il y existe une absence de réflexions sur les migrations climatiques au sein de la COP 20 et autour des discussions liées au climat.

Cet exemple illustre que le choix d’un hashtag facile à retenir et potentiellement viral est déterminant dans une stratégie de visibilité. Tout aussi déterminante est la capacité d’associer ce hashtag à d’autres, beaucoup plus populaires.

Nos conclusions

Notre analyse d’un enjeu spécifique (les migrations de réfugiés climatiques) en relation avec un évènement relativement bien relayé sur Twitter (la COP 20) nous a permis de tirer les conclusions suivantes :

  • Les échanges sur la Conférence sur le Climat démontrent le faible niveau de structuration des revendications sur les migrations de réfugiés climatiques à ce jour. L’essentiel des messages échangés est le fait d’ONG ou d’individus influents sur les échanges climatiques, mais qui ne mentionnent que très ponctuellement les migrations climatiques ;
  • Cette faible visibilité s’explique en partie par l’absence de leaders d’opinion pour relayer les messages. Malgré la présence d’acteurs tels que @nanseninitiativ et @unuehs qui structurent les discussions sur le sujet, leur rayonnement est trop faible pour que celui-ci soit repris par tous ;
  • Il n’y a pas de stratégie de visibilité mise en place par les experts des problématiques rencontrées par les réfugiés climatiques. Les hashtags spécifiques (#mscii, #resilience) ne sont pas associés avec les hashtags plus populaires (#climate #COP20) dans le but d’aspirer la viralité de ces derniers ;
  • Les experts ne sont pas les acteurs les plus visibles et les plus audibles sur le sujet des migrations climatiques. Au contraire, on observe davantage la prééminence d’acteurs ou de mots-clefs liés à des revendications, des émotions ou des discours catastrophes (#climatejustice, “indigenous people rights”). Cette médiatisation dessert les discours des experts qui possèdent des solutions ;
  • L’actualité, avec l’impact du typhon Hagupit sur les Philippines, a probablement joué dans ce déficit de visibilité. Le hashtag #climate a ainsi été majoritairement « détourné » et dissocié du hashtag COP20 ;
  • On retrouve en revanche une forte réactivité et interactivité des experts des migrations climatiques. On l’observe notamment par le biais de hashtags spécifiques : #displacement, #humanmobility, #adaptation, #mcii, #mitigation, #climatemigration

Enfin, une analyse du contenu des messages démontre que les migrations climatiques sont principalement utilisées pour parler de catastrophes, ou évoquer des revendications climatiques plus générales. Mais le cœur des échanges sur le sujet est déconnecté des principaux mots-clés et demeure donc peu visible. On observe même des stratégies de communication de groupes “activistes” pour la défense des droits des autochtones. Notre analyse des mots-clefs nous a démontré que cette communication est rarement le fait des populations directement concernées : ce sont surtout des ONG et des activistes occidentaux, notamment américains, anglais, australiens et canadiens, qui sont actifs.

Enfin, bien que nos recherches aient également porté sur la langue française, il s’avère que très peu de tweets sur le sujet ont été envoyés dans la langue de Molière.

Cela démontre d’un manque d’intérêt pour la question du climat en France, ce qui est d’autant plus surprenant car certains de ses départements d’Outre-Mer risquent d’être concernés par les migrations climatiques. L’organisation de la COP 21 qui aura lieu à Paris et l’implication des parties prenantes sur le sujet (Ségolène Royal, Anne Hidalgo) permettra d’elle de renverser cette tendance ?

Ou les réfugiés climatiques resteront-ils encore un sujet trop peu abordés sur les réseaux sociaux ?


 

[1] Cet ensemble a été obtenu grâce au croisement entre les mots-clefs liés aux migrations climatiques que nous avons identifiés  et les hashtags liés à la conférence sur le climat de Lima (principalement #cop20 et #cop20lima), et ce pendant une période de 1 mois, entre le 29 novembre 21014 et le 28 décembre 2014, qui correspond à la période durant laquelle a eu lieu la conférence sur le climat.

Sur les 410,000 tweets récoltés et relatifs à la COP 20, nous avons pu déterminer qu’il y en avait uniquement 5,698 qui concernaient les migrations de réfugiés climatiques. Pour plus d’informations sur notre méthodologie, n’hésitez pas à nous contacter ou à visiter le blog Cartorezo où le corpus retenu est expliqué en détails.

[2] Nous pouvons extraire le fichier des mentions entre utilisateurs de Twitter, et traiter les couples émetteur / retweeté – mentionné comme les sommets d’un graph dont l’objectif est de mettre en lumière les relations entre les comptes ayant twitté sur le sujet qui nous intéresse.

[3] Pour plus de clarté, la taille des nœuds de ces hashtags est modifiée manuellement pour qu’ils soient plus visibles.

Tags :

Nous suivre :
  • S’abonner à notre flux RSS
  • Partagez ce post sur

    Les réfugiés climatiques : un sujet passé inapercu sur Twitter

    0