Nucléaire : “Aujourd’hui, Internet est le lieu du débat”

Pour cette nouvelle interview sur Diplomatie Digitale, nous avons rencontré Boris LE NGOC, Responsable Relations publiques et Communication digitale de la Société française d’énergie nucléaire (SFEN) qui a bien voulu répondre à nos questions.

boris-le-ngoc-sfenDiplomatie digitale : En quelques mots, quel a été votre parcours jusqu’à votre poste actuel de Responsable RP & communication digitale à la SFEN ?

Boris Le Ngoc : Après une double formation en sciences politiques et intelligence économique, j’ai rejoint le groupe AREVA au service communication de crise. Puis, quelques temps après, parce que cette industrie me passionne, j’ai rejoint la Société française d’énergie nucléaire (SFEN).

Quelle est la mission de la SFEN ? Quels sont vos objectifs ?

La SFEN est une association qui porte deux missions.

La première est d’animer la communauté des professionnels du nucléaire au travers d’évènements locaux, nationaux et internationaux. Ces moments sont essentiels pour parfaire ses connaissances sur le nucléaire. La SFEN fédère ainsi 4 000 membres et organise chaque année une centaine d’évènements.

Ensuite, la SFEN est un porte-parole de la filière nucléaire française en France et au-delà. Quand l’actualité médiatique ou l’agenda institutionnel s’y prête, nous prenons part au débat.

Quelles sont les audiences ciblées dans vos actions de communication ?

En France, l’audience de notre association et plus généralement des acteurs de la filière est moins forte que celle de nos homologues américains et japonais. Il s’agit de pays où l’implication civique est culturellement et historiquement plus prégnante, si bien que cela s’en ressent sur les réseaux sociaux. Les Français aiment le débat, mais leur degré d’engagement n’est pas aussi élevé sur les questions qui portent à l’énergie.

Selon vous, dans quelles mesures la communication sur Internet autour du secteur du nucléaire diffère-t-elle d’autres secteurs ? Voyez-vous d’ailleurs des similitudes avec d’autres secteurs ?

En matière de communication, le nucléaire est un secteur sensible dans lequel le moindre incident peut entraîner est un emballement médiatique. En ce sens, il est assez similaire à des secteurs comme la chimie. Mais, il a également ses singularités. J’en retiens deux.

D’abord, les acteurs les plus importants de cette filière appartiennent majoritairement à l’Etat. A la différence des dirigeants d’une entreprise où les capitaux sont privés, les prises de positions publiques ne peuvent être en totale rupture avec celles de l’Etat.

Seconde singularité, le nucléaire souffre du syndrome du bon élève et consacre beaucoup d’énergie à informer sur ses inconvénients, « accidents », « déchets », pour rassurer. Si bien qu’on en oublie parfois de parler des atouts de l’atome : énergie bas-carbone, compétitive et savoir-faire français.

En raison de cette « sensibilité » du secteur du nucléaire, comment la SFEN communique-t-elle sur Internet (vos media, vos outils, votre organisation…) ? Quelles sont les initiatives mises en place ou en projet ? Par ailleurs, engagez-vous des actions particulières sur Internet pendant les débats (Cigeo, PLTECV, COP21)?

C’est parce que le secteur est sensible qu’il est essentiel d’informer, faire connaître, donner à voir dans les territoires, les médias et sur Internet. Aujourd’hui, Internet est le lieu du débat. Cela est encore plus vrai dans le nucléaire où les passions empêchent parfois les débats de se tenir physiquement, comme l’a montré celui sur le centre de stockage de déchets Cigéo.

Depuis trois ans, la SFEN a créé un blog en français et en anglais pour donner la parole aux professionnels, aux dirigeants et aux chercheurs du nucléaire et offrir le choix aux internautes qui jusqu’alors n’avaient pour satisfaire leur curiosité que les informations des mouvements opposés au nucléaire.

La SFEN a impulsé l’initiative Nuclear for Climate qui réunit plus de 60 associations à travers le monde engagées dans la lutte contre le changement climatique. Leurs objectifs : rappeler, sous une même bannière, que l’énergie nucléaire est une partie de la solution pour réduire nos émissions de CO2.

A ce propos, quelle est votre politique en termes de prise de parole ? Pouvez-vous – voire devez-vous – communiquer sur tout (par ex : centrale de Fukushima, centrale de Fessenheim, polémiques, restructuration de la filière…) ?

Nous prenons la parole sur tous les sujets. Par contre, nous n’utilisons que des chiffres et des éléments provenant d’organisations internationales, GIEC, Agence internationale de l’énergie, Ministères, dont l’indépendance, la légitimité et la crédibilité ne pourraient être questionnées. Une parole malheureuse effrite la crédibilité pendant plusieurs années. Exemple avec le « nuage de Tchernobyl ».

Comment percevez-vous l’évolution du digital dans les métiers de la communication ?

Le plus souvent, les directeurs de la communication en poste aujourd’hui ont fait leurs armes dans les relations presse. A l’avenir, le poids grandissant du digital – désormais un tweet permet de prendre la parole plus rapidement qu’un communiqué de presse – dans la communication devrait amener les responsables de ces services à étendre leur périmètre d’action, voire être une expérience indispensable pour prétendre au poste de directeur de la communication.

Merci Boris pour cet échange.

Vous êtes un professionnel du digital et vous représentez un secteur particulier ? N’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez obtenir une interview dans nos colonnes !

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