Une cartographie dévoile les réseaux d’influence des Etats sur Twitter

Cartographie et étude : A l’heure où les infographies pullulent sur les réseaux sociaux, la “data visualization” (comprendre la mise en lumière des données) est souvent cantonnée à son aspect strictement esthétique : le livrable est ainsi moins utilisé pour l’analyse de son réseau que comme moyen de véhiculer une idée.

Si ce n’est pas forcément un mal, l’utilisation de cartographies des réseaux en ligne (mais aussi hors ligne) présente un double intérêt, autrement plus stratégique que celui du simple message. Les « mind maps » permettent en effet :

  • L’évaluation pertinente d’un réseau
  • Le développement d’une stratégie digitale pertinente

Une étude de cas réalisée par le blog Exploring Digital Diplomacy permet ainsi de saisir toute la pertinence de la démarche SNA (pour Social Media Analysis), en présentant l’interaction entre les ministères des Affaires étrangères sur Twitter.

 

Cartographie: Quid de la diplomatie française sur Twitter?

Exploring Digital Diplomacy réalise ici un travail remarquable (et probablement sans précédents). Le doctorant en charge du blog, qui s’intéresse à la diplomatie des États à l’ère digitale, a utilisé Visone pour analyser comment les ministères des affaires étrangères interagissent entre eux sur Twitter.

Cartographie des réseaux sociaux des Etats

(Source: Exploring Digital Diplomacy)

En se fondant sur un échantillon de 70 ministères présents sur Twitter, l’auteur du blog a pu établir une cartographie simple et pertinente des interactions (plus il y a de flèches, plus importante est l’interaction).

Trois paramètres ont guidé le bloggeur dans l’élaboration de sa cartographie :

  • La popularité (in-degree), mesurée par le nombre de Ministères suivant un Ministère donné,

(Source: Exploring Digital Diplomacy)

 

  • Le réseau (out-degree), mesuré par le nombre de contacts qu’un Ministère a avec d’autres Ministères,

(Source: Exploring Digital Diplomacy)

 

  • L’entremise (betweenness), mesurée par la capacité d’un Ministère à servir de hub d’informations entre d’autres Ministères qui ne se suivent pas.

(Source: Exploring Digital Diplomacy)

 

La fusion de ces paramètres permet de mesurer l’influence des Ministères. Plusieurs trouvailles sont dignes d’intérêt. Si, sans surprise, les Etats-Unis remportent la palme du ministère le plus suivi par ses homologues, talonné par le Royaume-Uni, la troisième place est occupée… par la Pologne ! La France n’arrive quant à elle qu’en 8ème position – c’est le seul paramètre dans lequel elle obtient un score satisfaisant.

Parallèlement, le Ministère qui a le plus de contacts avec les autres est l’Islande, suivi par la Suède et Israël… Aucune puissance occidentale ne figure dans le haut du panier si on prend en compte ce paramètre.

Enfin, pour ce qui est de l’entremise, on constate que la Suède, le Royaume-Uni et la Russie sont les plus grands hubs d’information pour les autres Ministères.

Au regard de ces informations, le bloggeur a finalement conclu que les seuls Ministères à recevoir des scores élevés dans les trois paramètres sont la Suède, la Russie, la Pologne et Israël. Parallèlement, les pays hispanophones et arabes restent à la périphérie des réseaux d’information de façon générale : cela pourrait dû être au fait qu’ils tweetent dans une langue moins parlée ou plus discriminante.

 

Transposer ce cas à la diplomatie d’affaires

Il est évident que l’exemple de diplomatie digitale est et doit être transposable pour le monde des entreprises. L’utilisation de la cartographie est d’ailleurs bien connue dans le monde de l’intelligence économique, où Gephi est devenu un logiciel-roi.

Ici, la plus-value de l’article d’Exploring Digital Diplomacy réside non pas dans l’accumulation de données mais bien dans la façon dont le bloggeur a su les utiliser en les sollicitant et en les questionnant : qui est le plus populaire ? qui est au centre de l’information ? qui possède l’influence ? comment la mesurer ?

 

L’étape suivante pour un acteur est ensuite d’identifier et de développer le lien avec ses parties prenantes. June Holley, experte en réseau d’influence, a ainsi défini plusieurs techniques d’engagement digital, visant soit à renforcer les liens à l’intérieur de son réseau, soit à l’élargir :

  • Le triangle fermé : en ligne ou hors ligne, vous mettez en relation deux personnes de votre réseau. En créant ce lien entre les deux, vous arrivez à une position d’entremetteur et de hub d’informations, tout en donnant l’impression de nouer un contact privilégié,
  • Travailler dans la transparence : idéal pour pouvoir élargir son réseau, le travail en transparence permet de rester ouvert aux opportunités. Tout ne doit pas être public évidemment, mais plus on est facile à joindre, plus les opportunités se développent,
  • Créer des communautés : fédérer ses parties prenantes, en ligne ou hors ligne, autour d’une thématique commune afin de stimuler la réflexion et la proximité avec ses parties prenantes,
  • Solliciter son réseau : Il s’agit de poser des questions à son réseau et ses experts, de façon informelle ou officielle, ouverte ou personnelle. Cette technique sert avant tout à renforcer le lien avec ses parties prenantes tout en attirant de nouvelles personnes.

 

Ainsi, en développant un livrable dont la finalité n’est plus que l’esthétique, nous atteignons une troisième étape importante pour obtenir :

  • Une vision stratégique
  • Un retour sur investissement de son engagement digital

A la manière d’Explore Digital Diplomacy, faire parler ses données permet de sortir d’une logique purement communicante pour entrer dans la phase de stratégie d’entreprise.

L’apparition d’outils open source vulgarisant ou facilitant la création ou l’exploitation de cartographies (Netviz, LinkedInMaps, Kumu) permet à chacun de s’initier à la création de « maps » sans avoir besoin de connaissances techniques au préalable.

En revanche, pour l’analyse de réseaux plus complexes (lutte anti-contrefaçon, suivi de mouvements financiers…), préférez un outil tel qu’Analyst Notebook qui est un programme plus intéressant, bien que payant et demandant une certaine maîtrise.
​Vous souhaitez nous consulter pour plus d’information ? Cliquez ici.

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