Le virage media de Facebook séduira-t-il les professionnels de l’information ?
Jan07

Le virage media de Facebook séduira-t-il les professionnels de l’information ?

Facebook a déployé une succession de fonctionnalités liées à l’actualité et aux media, copiant au passage certains traits d’autres réseaux sociaux. Quelles conséquences pour les professionnels du digital ? Qu’on se le dise, l’avenir de Facebook sera « media-centré » ou ne sera pas. En l’espace de quelques mois, le géant de la Silicon Valley a fait de nombreuses annonces liées à l’arrivée de nouvelles fonctionnalités censées reconquérir une partie peu choyée des utilisateurs du réseau social : les professionnels de l’information, à savoir les journalistes, les veilleurs et les communicants – sans oublier les consultants en intelligence stratégique dont nous faisons partie. L’objectif semble simple. Faire de Facebook l’espace où les parties prenantes que nous évoquons se fournissent en information et font vivre un contenu à haute valeur ajoutée. Il y a ici un changement de paradigme : à sa naissance, Facebook voulait être le lieu où les gens partageraient le plus d’informations sur eux. C’est chose faite. Mais dans cette quête d’accumulations de données personnelles, et autant par souci de protection des utilisateurs que par intérêt financier, Facebook a toujours conservé une main de fer sur l’accès à ses données. A l’inverse, Twitter a rapidement fait montre d’une plus grande transparence. Cette situation de départ a longtemps – et dirige encore – la façon dont les professionnels choisissent un réseau plutôt qu’un autre. Twitter est le réseau préféré des veilleurs, des chercheurs, des journalistes et d’un certain type de communicants. Les outils y sont florès. Facebook, à l’inverse, est souvent laissé de côté car trop complexe à exploiter, avec des outils bancals et insuffisants. Profitant de la vulnérabilité financière de Twitter, Facebook entend porter l’estocade avec une succession d’innovations pro-contenu : un virage media, en somme. Instant articles, Signal, Notify…. les « innovations » très media-centrées de Facebook Instant articles : des articles de presse hébergés pour une expérience « native » Première grande fonctionnalité media de 2015, Instant Articles permet à un journal de publier des articles directement sur Facebook pour une meilleure accessibilité. Le rendu, plutôt esthétique, permet à l’internaute de disposer en un clic d’un article de type magazine par le biais de Facebook. Si certains sites d’information se méfient, probablement avec raison, l’hébergement d’articles par Facebook ne devrait pas être synonyme de pertes financières importantes – notamment avec un système de recettes publicitaires assez avantageux. Récemment, les media français se sont même laissés aller à l’aventure : le Parisien, les Echos, mais aussi d’autres comme Paris Match ou 20 minutes devraient suivre. Quel intérêt pour la presse ? Le directeur exécutif du groupe Cerise (Gentside, Ohmymag) évoque « un produit qui présente une expérience et un confort de lecture améliorés ». Pour Francis Morel, PDG du groupe Les...

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CAC 40 et COP 21 : de la stratégie de la promotion à celle de l’adaptation
Nov06

CAC 40 et COP 21 : de la stratégie de la promotion à celle de l’adaptation

Diplomatie Digitale a analysé les tweets des entreprises du CAC 40 pour la COP 21. Trois types de stratégies digitales ressortent de notre analyse. L’organisation de la prochaine Conférence sur le Climat à Paris (COP 21), fin 2015, est l’occasion rêvée pour de nombreuses entreprises de communiquer sur leur action environnementale, en contribuant au financement de la conférence notamment : le budget de ces 15 jours de conférence est estimé à 187 millions d’euros. Néanmoins, le risque en participant à ce genre d’évènement est de se voir accusé de « greenwashing », comme nous avons pu le voir quand les premiers sponsors de la COP 21 ont été attaqués par des ONG. Il est donc essentiel pour les entreprises souhaitant profiter de la COP 21 pour valoriser leur engagement pour le climat de développer une communication adaptée à ces enjeux. Nous avons donc comparé la stratégie de communication  sur Twitter des groupes du CAC 40 pour valoriser leur participation à la COP 21 et les résultats obtenus par ceux-ci. Plusieurs types sont ainsi identifiables : effectuer des annonces sur la politique environnementale de l’entreprise qui seront reprises par des ONG ou des comptes institutionnels, faire appel à des salariés ambassadeurs pour amplifier la diffusion des tweets corporate… nous avons aussi pu constater que certains groupes du CAC 40 ne semblent pas avoir de stratégie arrêtée. CAC 40 et COP 21 : quelques points méthodologiques Avec l’aide du logiciel Visibrain Focus TM, nous avons analysé les tweets mentionnant la COP 21 et les entreprises du CAC 40 du 10 mai au 15 septembre 2015. Première remarque : si entre le 10/05/15 et le 09/07/15, nous avons observé 3563 mentions du CAC 40 en lien avec la Conférence sur le Climat, le total des mentions de la COP 21 sur la même période est de 257 173 – dont 42 % en français. La communication issue ou mentionnant les entreprises du CAC 40 est donc très faible en volume sur Twitter, même si ces 3563 tweets correspondent à un volume d’environ 16 millions d’impressions. Néanmoins, ce chiffre plutôt faible masque plusieurs réalités : certains groupes du CAC 40 communiquent très bien sur la COP 21, tandis que la majorité a encore du mal à se démarquer. Dans l’ensemble, la communication des entreprises du CAC 40sur les réseaux sociaux, dont certaines sont directement associées à la COP 21, a une amplitude très faible comparée à l’ensemble des discussions sur le sujet. Ensuite, entre le 19/08/15 (date où les mentions commencent à reprendre après la pause estivale) et le 15/09/15, le volume de tweet reste sensiblement le même, avec 1355 tweets. Sur l’ensemble de la période étudiée, les entreprises réagissent en effet très peu à l’actualité...

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Quora, la boîte à questions communautaire du Web social
Oct08

Quora, la boîte à questions communautaire du Web social

Quora attire de plus en plus l’attention des professionnels de la communication digitale. Diplomatie Digitale revient en détails sur le nouveau phénomène. Quora est un réseau social de questions/réponses qui existe depuis 2009, mais qui (re)gagne progressivement en visibilité auprès des professionnels du digital français. Avec une interface épurée et un fonctionnement relativement simple, Quora permet à tout un chacun de faire valoir son expertise : une qualité incontournable dans la construction d’une audience à haute valeur ajoutée. Quora, c’est quoi ? Quora est un site où un internaute va poser une question sur un sujet afin d’obtenir une réponse pertinente par les autres utilisateurs. Les réponses jugées les plus utiles reçoivent des votes positifs (upvote) ou négatifs (downvote) qui vont améliorer leurs visibilités dans les flux de recherche. Point potentiellement rebutant, le site fonctionne exclusivement en anglais, ce qui peut parfois le couper de certains publics peu à l’aise avec la langue de Shakespeare. Les « questions » sont quant à elles regroupées en sujets très variés : de la langue d’un pays, à sa mythologie, de trucs et astuces dans l’utilisation de tel ou tel réseau social, d’actualités liées à l’industrie, etc. Cette profusion d’informations et un moteur de recherche un peu hasardeux fait qu’il est parfois difficile de trouver les réponses exactes à ses questions, et quand on les trouve, cela est souvent lié à de la sérendipité. En ce qui concerne le fonctionnement, Quora peut rappeler Twitter dans le sens où il est possible de « suivre » un autre utilisateur qui nous intéresse. Ainsi, plus un utilisateur est suivi, plus ce dernier gagnera en visibilité dans le flux de ses followers. Cependant, une utilisation prolongée du site Web permet de voir que Quora fait davantage office d’anti-Wikipedia. En effet, contrairement au premier : Les pages ne sont pas statiques et n’apparaissent pas en première page des résultats Google, N’importe qui peut écrire sur Quora, mais devenir un auteur reconnu est chronophage, Bien que la langue imposée soit l’anglais, la multiplicité des points de vue est intéressante – contrairement à Wikipedia où seulement cinq pays façonnent l’information. Contrairement à Wikipedia, les sujets sont créés un peu anarchiquement, sans volonté de rationalisation de ces derniers. Ce qui fait de Quora une gigantesque foire à questions communautaires. Comment cela fonctionne concrètement Concrètement, l’écran d’accueil de Quora ressemble à ça : Celui-ci est principalement construit selon les centres d’intérêt que l’internaute est obligé de remplir en s’inscrivant. Il faut donc les choisir consciencieusement, puisque ces dernières deviendront les « feeds »ou flux (1), qui influenceront majoritairement votre fil personnalisé (3). Quant aux sujets d’actualité (2), ceux-ci ne tiennent pas compte de vos préférences et dépendent, comme leur nom l’indique,...

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Nucléaire : “Aujourd’hui, Internet est le lieu du débat”
Sep29

Nucléaire : “Aujourd’hui, Internet est le lieu du débat”

Pour cette nouvelle interview sur Diplomatie Digitale, nous avons rencontré Boris LE NGOC, Responsable Relations publiques et Communication digitale de la Société française d’énergie nucléaire (SFEN) qui a bien voulu répondre à nos questions. Diplomatie digitale : En quelques mots, quel a été votre parcours jusqu’à votre poste actuel de Responsable RP & communication digitale à la SFEN ? Boris Le Ngoc : Après une double formation en sciences politiques et intelligence économique, j’ai rejoint le groupe AREVA au service communication de crise. Puis, quelques temps après, parce que cette industrie me passionne, j’ai rejoint la Société française d’énergie nucléaire (SFEN). Quelle est la mission de la SFEN ? Quels sont vos objectifs ? La SFEN est une association qui porte deux missions. La première est d’animer la communauté des professionnels du nucléaire au travers d’évènements locaux, nationaux et internationaux. Ces moments sont essentiels pour parfaire ses connaissances sur le nucléaire. La SFEN fédère ainsi 4 000 membres et organise chaque année une centaine d’évènements. Ensuite, la SFEN est un porte-parole de la filière nucléaire française en France et au-delà. Quand l’actualité médiatique ou l’agenda institutionnel s’y prête, nous prenons part au débat. Quelles sont les audiences ciblées dans vos actions de communication ? En France, l’audience de notre association et plus généralement des acteurs de la filière est moins forte que celle de nos homologues américains et japonais. Il s’agit de pays où l’implication civique est culturellement et historiquement plus prégnante, si bien que cela s’en ressent sur les réseaux sociaux. Les Français aiment le débat, mais leur degré d’engagement n’est pas aussi élevé sur les questions qui portent à l’énergie. Selon vous, dans quelles mesures la communication sur Internet autour du secteur du nucléaire diffère-t-elle d’autres secteurs ? Voyez-vous d’ailleurs des similitudes avec d’autres secteurs ? En matière de communication, le nucléaire est un secteur sensible dans lequel le moindre incident peut entraîner est un emballement médiatique. En ce sens, il est assez similaire à des secteurs comme la chimie. Mais, il a également ses singularités. J’en retiens deux. D’abord, les acteurs les plus importants de cette filière appartiennent majoritairement à l’Etat. A la différence des dirigeants d’une entreprise où les capitaux sont privés, les prises de positions publiques ne peuvent être en totale rupture avec celles de l’Etat. Seconde singularité, le nucléaire souffre du syndrome du bon élève et consacre beaucoup d’énergie à informer sur ses inconvénients, « accidents », « déchets », pour rassurer. Si bien qu’on en oublie parfois de parler des atouts de l’atome : énergie bas-carbone, compétitive et savoir-faire français. En raison de cette « sensibilité » du secteur du nucléaire, comment la SFEN communique-t-elle sur Internet (vos media, vos outils, votre organisation…) ? Quelles sont les initiatives...

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#ThisIsACoup : une crise de réputation très instructive
Juil31

#ThisIsACoup : une crise de réputation très instructive

Le hashtag #ThisIsACoup révèle à quel point l’histoire d’un Etat comme l’Allemagne peut jouer sur sa réputation et son image. Comment peut-elle s’en sortir? Alors qu’une énième émanation de la crise grecque semble tirer vers sa fin, l’Allemagne et l’Europe en ressortent considérablement meurtries par une opinion publique plus que jamais remontée. La Toile n’a pas été tendre envers l’une comme l’autre, et les réseaux sociaux y sont pour beaucoup dans les contrecoups de cette victoire à la Pyrrhus. Twitter a ainsi été le « champ de bataille » de la grogne citoyenne, notamment par le biais du hashtag #ThisIsACoup qui a été en « trending topic » dans de nombreux pays dont la Grèce et, plus surprenant encore, l’Allemagne. Mais au-delà de l’imbroglio politique, un enseignement demeure : l’identité et la réputation d’un acteur influencent inéluctablement la réception des messages qu’il émet… quitte à les rendre inaudibles. L’identité : l’élément secret de la communication digitale La prégnance du Web social fait aujourd’hui que tout individu, organisation, entreprise ou Etat peut devenir une « entité communicante ». Avec suffisamment de technique et de persévérance, un individu lambda peut s’avérer nuisible avec un simple compte Twitter. Certaines voix, jusqu’alors inaudibles, s’en servent pour faire valoir leur opinion, qu’elle soit nuisible ou vertueuse. Plus pernicieux encore, organisations, entreprises ou acteurs économiques peuvent être la cible de crises et autres bad buzz et se retrouver entraînés malgré eux dans une « guerre » de communication. Pour exemple, lors des heurts entre Über et les taxis, ces derniers ont connu un véritable déferlement de publications négatives (à tort ou à raison) contre lequel ils sont apparus comme impuissants ou en tout cas plus désorganisés que leur concurrent californien. Cet état des lieux a permis de tirer un double constat qui fait encore florès aujourd’hui : Il est désormais possible pour un individu isolé d’obtenir L’« absence » sur le Web social peut fragiliser les acteurs qui choisiraient de sous-estimer son importance. En partant de ce postulat, nombreuses ont été les entreprises (et parfois les Etats !) qui ont fait le choix d’investir massivement dans les réseaux sociaux afin de défendre leur identité. Ce mouvement qui n’a rien de nouveau s’accélère alors que 2015 a vu se démocratiser le terme de « transition numérique ». Hélas, le poids de l’« identité » et de la « réputation » d’un acteur est souvent sous-estimé dans ces démarches de communication. Selon que l’entité parte avec un solde positif ou qu’elle soit perçue négativement par ses publics, elle peut se retrouver mise à mal ou porter aux nues. Fondamentalement, la consommation de l’information sur le Web social est dictée par un axiome: alors que le vecteur (média) perde de l’importance, l’émetteur d’un message, son identité et sa réputation...

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Communication interculturelle et stratégie digitale : un duo gagnant
Mai22

Communication interculturelle et stratégie digitale : un duo gagnant

Peu théorisée en France, la communication interculturelle a toute sa place au sein d’une stratégie digitale pour une entreprise à vocation internationale. La nationalité des parties prenantes est un aspect primordial dans toutes négociations, particulièrement à l’international. Combien de contrats échoués parce qu’un commercial n’a pas compris les codes et les valeurs de ses interlocuteurs étrangers ? Combien de lenteurs dans des processus de décision qui auraient pu être évitées ou, au contraire, anticipées ? La branche de la communication qui consiste à harmoniser de façon pertinente le message d’un émetteur en fonction des réalités culturelles du récepteur s’appelle la communication interculturelle. Et s’il en était de même pour les réseaux sociaux ? Existe-t-il des cultures spécifiques auxquelles chaque entreprise doit s’adapter ou la culture Web fait-elle la loi ? Comment la nationalité d’une entreprise peut-elle affecter son écosystème digital ? Et comment interpréter l’essentiel de ces facteurs ? Pour répondre à ces questions, nous distinguons deux composantes clefs : La culture digitale d’un pays, que l’on pourrait définir comme l’ensemble de pratiques, de technologies ou mêmes des goûts différents selon le web design ; La nationalité des entreprises, qui va déterminer la réaction ou l’attitude des publics étrangers à son égard : dans ce cas, la réputation d’un pays peut directement affecter la réputation d’une entreprise ; Au travers de cet article, nous ne nous contenterons pas seulement de développer une analyse, mais évoquerons les pistes qui permettront à une entreprise à vocation internationale de mieux s’adapter à un contexte local par le biais d’une communication interculturelle sur le Web. Usage, technologie, couverture réseau… Des réalités bien différentes selon les pays Cela pourrait sembler comme une lapalissade mais chaque pays a une utilisation bien spécifique du Web. Ces différences « culturelles » s’expriment au travers de spécificités multiples, théorisées par Goodrich et De Mooji : la fréquence d’utilisation le nombre et le type d’utilisateurs l’engagement le contenu disponible En Inde ou au Yémen, il y a des disparités géographiques importantes dans la couverture du réseau Internet, ce qui affecte les quatre critères évoqués précédemment. Ces inégalités altèrent radicalement le paysage digital. En Inde, on a davantage affaire à une élite parlant anglais qu’à une portion représentative de la population. Ainsi, l’Inde compte 17% d’internautes actifs, même si elle représente la 3è population d’internautes au monde. Cette couverture affecte aussi les zones géographiques : Delhi est une ville qui bruisse davantage que le Chhattisgarh. Lors des récents heurts au Yémen, nous avions pu également constater un nombre important de tweets à proximité du palais présidentiel, alors que les tweets dans les régions reculées sont plus rares. On peut donc se demander si la couverture réseau en est la cause ou si c’est le...

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