Activisme actionnarial : la révolution du numérique
Mai28

Activisme actionnarial : la révolution du numérique

L’activisme actionnarial, à l’instar de l’ensemble des pans de la société, est touché par la transformation digitale. Les actionnaires comme les fonds de pension ne sont évidemment pas en reste sur ces enjeux. L’imaginaire populaire se plairait à cantonner ces communautés à leur rôle d’investisseurs avides de croissance, qui obéiraient aveuglément au seul mantra du retour sur investissement. Selon cette croyance, on s’imagine naturellement qu’elles accorderaient avant tout de l’importance à la baisse des coûts ou à la suppression d’emplois, et ne donneraient de leurs nouvelles que lors de la traditionnelle assemblée des actionnaires, grand-messe annuelle durant laquelle ces derniers écouteraient, religieusement ou en fronçant les sourcils, le bilan positif ou négatif des dirigeants. Las, la réalité est plus complexe. L’actionnaire aujourd’hui a une vision pour l’entreprise qui dépasse le simple retour sur investissement: c’est ce que l’on appelle l’activisime actionnarial (“shareholder activism“), concept populaire aux États-Unis, mais qui s’impose encore difficilement en France. La notion n’en trouve pas moins des réalités très concrètes dans son application – comme le souligne The Economist dans un article de février 2014. Devenue désormais une priorité pour certains PDG, cette autre forme d’activisme croît sous plusieurs formes, stimulée par une transformation digitale de plus en plus prégnante. L’actionnaire est devenu une partie prenante essentielle de l’écosystème numérique qui sait tirer parti des réseaux sociaux pour écouter, comprendre et peser sur les décisions de la compagnie.   L’actionnaire 2.0 est informé, curieux et engagé Le premier symptôme de la nouvelle donne de l’activisme actionnarial dépasse d’abord les réseaux sociaux et s’inscrit dans un cadre plus large. De façon générale, actionnaires ou fonds de pension s’expriment de façon beaucoup plus personnelle dans les media. Si l’on s’intéresse aux réactions diverses qui ont suivi l’OPA échouée de Pfizer sur AstraZeneca, on observe une certaine liberté de ton. De même, un homme comme Sir Stelios Haji-Ioannou, actionnaire principal de la compagnie aérienne easyJet, remet fréquemment et ouvertement en cause les décisions du comité de direction. Le phénomène n’est pas exactement nouveau, comme le fait judicieusement remarquer Pip McCrostie, contributrice pour le site internet du magazine Forbes, et remonte aux années 80. Les réseaux sociaux ont simplement agi comme des multiplicateurs de puissance de cette nouvelle audience. Un homme symbolise avec importance ce changement de donne : Eric Jackson, un actionnaire « activiste ». En 2007 (déjà !), ce dernier publiait sur YouTube des vidéos très critiques sur les performances financières de Yahoo, avant de lancer en 2011 un blog qui devint rapidement très influent. Pour les communautés d’investisseurs, les réseaux sociaux représentent la capacité de peser de façon significative sur la gouvernance de l’entreprise. Ils représentent également une source d’informations...

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Une cartographie dévoile les réseaux d’influence des Etats sur Twitter
Mai16

Une cartographie dévoile les réseaux d’influence des Etats sur Twitter

Cartographie et étude : A l’heure où les infographies pullulent sur les réseaux sociaux, la “data visualization” (comprendre la mise en lumière des données) est souvent cantonnée à son aspect strictement esthétique : le livrable est ainsi moins utilisé pour l’analyse de son réseau que comme moyen de véhiculer une idée. Si ce n’est pas forcément un mal, l’utilisation de cartographies des réseaux en ligne (mais aussi hors ligne) présente un double intérêt, autrement plus stratégique que celui du simple message. Les « mind maps » permettent en effet : L’évaluation pertinente d’un réseau Le développement d’une stratégie digitale pertinente Une étude de cas réalisée par le blog Exploring Digital Diplomacy permet ainsi de saisir toute la pertinence de la démarche SNA (pour Social Media Analysis), en présentant l’interaction entre les ministères des Affaires étrangères sur Twitter.   Cartographie: Quid de la diplomatie française sur Twitter? Exploring Digital Diplomacy réalise ici un travail remarquable (et probablement sans précédents). Le doctorant en charge du blog, qui s’intéresse à la diplomatie des États à l’ère digitale, a utilisé Visone pour analyser comment les ministères des affaires étrangères interagissent entre eux sur Twitter. (Source: Exploring Digital Diplomacy) En se fondant sur un échantillon de 70 ministères présents sur Twitter, l’auteur du blog a pu établir une cartographie simple et pertinente des interactions (plus il y a de flèches, plus importante est l’interaction). Trois paramètres ont guidé le bloggeur dans l’élaboration de sa cartographie : La popularité (in-degree), mesurée par le nombre de Ministères suivant un Ministère donné, (Source: Exploring Digital Diplomacy)   Le réseau (out-degree), mesuré par le nombre de contacts qu’un Ministère a avec d’autres Ministères, (Source: Exploring Digital Diplomacy)   L’entremise (betweenness), mesurée par la capacité d’un Ministère à servir de hub d’informations entre d’autres Ministères qui ne se suivent pas. (Source: Exploring Digital Diplomacy)   La fusion de ces paramètres permet de mesurer l’influence des Ministères. Plusieurs trouvailles sont dignes d’intérêt. Si, sans surprise, les Etats-Unis remportent la palme du ministère le plus suivi par ses homologues, talonné par le Royaume-Uni, la troisième place est occupée… par la Pologne ! La France n’arrive quant à elle qu’en 8ème position – c’est le seul paramètre dans lequel elle obtient un score satisfaisant. Parallèlement, le Ministère qui a le plus de contacts avec les autres est l’Islande, suivi par la Suède et Israël… Aucune puissance occidentale ne figure dans le haut du panier si on prend en compte ce paramètre. Enfin, pour ce qui est de l’entremise, on constate que la Suède, le Royaume-Uni et la Russie sont les plus grands hubs d’information pour les autres Ministères. Au regard de ces informations, le bloggeur a finalement...

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Comment les internautes déjouent le fichage sur le Web
Avr17

Comment les internautes déjouent le fichage sur le Web

Sur Internet, les nouvelles technologies comme le Big Data appliquées au Web social permettent un ciblage de plus en plus précis des internautes, sorte de "fichage" jugé intrusif par un nombre grandissant d’usagers. Mais face à l’avènement du profilage, les hommes ont trouvé un moyen de passer sous le radar de la machine : il suffit pour cela de penser comme l’une d’entre elles. La sociologue Zeynep Tufekci de l’université de Caroline du Nord a étudié la pertinence des analyses issues du Big Data et l’interaction qui existe entre les deux. Pour ce faire, elle s’est fondée sur les révolutions turques et la façon dont les internautes échappaient au ciblage, principalement sur Twitter. De cette analyse, elle a retenu trois techniques, avec un degré d’efficacité variable selon le réseau social utilisé.   Le "subtweet" Le subweet est une technique consistant à discuter avec une personne sans mentionner son nom explicitement. Certains internautes incorporent ainsi à dessein des fautes d’orthographe ou encore évitent de mentionner les noms d’utilisateurs (le fameux "@" sur Twitter) afin de masquer les relations directes. Le changement vous semble minime ? Détrompez-vous. Pour tout professionnel de la veille, cela peut rapidement devenir handicapant, bien qu’une recherche avancée suffise à retrouver l’information. Autre technique, évoquer des éléments de contexte pour identifier des utilisateurs. L’idée derrière cette pratique est de contrevenir à la collecte de données des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) et autres poids lourds du Web social. Il est facile d’imaginer que la pratique peut être utilisée par des activistes en ligne pour brouiller les signaux faibles.   Le "screenshotting" Une autre façon de rendre la vie dure aux algorithmes est le recours au « screenshotting ». Cette pratique consiste à incorporer une capture d’écran d’une discussion au lieu de l’associer à un lien (ce qui permettrait aux algorithmes des réseaux sociaux d’établir un « profil » de l’internaute et d’avoir recours à du marketing ciblé). Zil sesini duyup cilginca bahçeye kosan cocuklar gibiler. Oysa bu teneffüs zili. Daha alacak cok ders var pic.twitter.com/4epAKuP9z1 — Nihal Bengisu Karaca (@nibenka) 27 Décembre 2013 Exemple de screenshotting: une journaliste répond à une question par une succession de captures d'écran. Pour la machine, c’est la confusion. Pour l’algorithme, deux personnes discutent d’une photo, alors qu’en réalité, ces dernières commentent et discutent des statuts, des tweets et des commentaires liés à une discussion en particulier.   Le "hatelinking" Dernière pratique relevée par l’universitaire, le hatelinking consiste à partager un lien que l’on désapprouve, dans une optique de dénonciation ou de dissimulation. C’est un peu comme "liker" une page Facebook ou une vidéo alors qu’elle nous exaspère. L’idée est de créer du « bruit », de dissimuler les sentiments...

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3 exemples de stratégie d’influence contre le lobby pro-armes américain
Avr09

3 exemples de stratégie d’influence contre le lobby pro-armes américain

Tirant parti des réseaux sociaux, trois organisations civiles ont décidé de se dresser contre la toute puissante NRA, le lobby pro-armes des États-Unis. Rien de plus que la traditionnelle histoire de David contre Goliath, pourrait-on penser, mais cette fois le combat trouve un écho funeste à l’aune de tueries impliquant les armes à feu qui, en l’espace de quelques années, ont ébranlé les États-Unis. Face à la difficulté que pose le combat contre la « plus grande ONG du monde » et les récalcitrances de la classe politique américaine, trois associations (Mayors Against Illegal Guns, Americans for Responsible Solutions, Moms Demand Action for Gun Sense in America) ont ainsi appris à utiliser les réseaux sociaux pour regrouper, convaincre et créer de l’engagement auprès de leur audience. Trois cas de stratégies digitales cohérentes qui pourraient renverser la table. Des communautés désorganisées M. Glaze, membre de Mayors Against Illegal Guns (MAIG), a déclaré au Guardian sa surprise quand il a constaté qu’aux Etats-Unis, face à une organisation aussi puissante que la NRA, il n’existait aucune communauté fédérée pour porter la voix d’un contrôle responsable et réglementé des armes à feu. Le premier travail a donc été de regrouper ces communautés désorganisées en un bloc solide, capable de porter les idées d’une réglementation plus stricte des armes à feu. Cette fédération est passée en grande partie par l’utilisation des réseaux sociaux, permettant la création d’"ambassadeurs" sur le territoire américain. Désormais, selon M. Glaze, MAIG représente près de 1,5 million d’Américains favorables à l’idée d’une vérification d’antécédents partageant leurs valeurs – un chiffre encore maigre par rapport au 10 millions de membres que représente la NRA.   Financer, persuader, informer Americans for Responsible Solutions (ARS) est une association créée en 2012 à la suite de la fusillade de Tucson, durant laquelle la députée Gabrielle "Gabby" Giffords a failli mourir d’une grave blessure par balle au cerveau, et celle, autrement plus tragique, de Newtown, où 27 personnes, dont 20 enfants, ont trouvé la mort. L’objectif d’ARS sur les réseaux sociaux est, de l’aveu même de son représentant, de perturber durablement l’emprise du lobby des armes à feu en : Obtenant du financement pour leurs actions Mesurant l’interaction sur le Web social pour mieux cibler leurs audiences Persuadant que l’idée d’un contrôle réglementaire des armes à feu n’est pas antinomique à la société américaine Informant, notamment en partageant des moments de la vie quotidienne de Gabby Giffords et son long chemin vers la guérison Clairement, ARS se situe dans une démarche d'influence. L'audience qu'elle essaye de convaincre est avant tout politique : elle souhaite obtenir des membres du Congrès et du Sénat sur un sujet qui les effraie....

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Influence : les USA passent la vitesse supérieure… et dérapent
Avr04

Influence : les USA passent la vitesse supérieure… et dérapent

Le potentiel des media sociaux est redoutable. Utilisés dans le cadre d’une stratégie digitale réfléchie, ils deviennent de puissants outils. L’Associated Press relate ainsi une histoire stupéfiante qui montre à quel point inventivité et maitrise numérique peuvent être mises au service d’invraisemblables opérations d’influence. Diplomatie Digitale s’intéresse particulièrement aux enjeux économiques, sociaux et sociétaux auxquels doivent faire face les parties prenantes civiles que sont les entreprises, les ONG etc. mais en l’occurrence, c’est un projet du gouvernement américain qui focalise toutes les attentions : amoindrir le système communiste cubain en créant de toutes pièces un réseau social manœuvré par les Etats-Unis et distillant des informations politiquement orientées dans une optique d’influence des populations locales. De nombreux parallèles peuvent pourtant être effectués avec les opérations de communication corporate. Selon l’AP, ce projet, mené par l’USAID (US Agency for International Development) consistait à développer secrètement un réseau social de type Twitter appelé ZunZuneo sans alerter le gouvernement Castro, et en contournant les restrictions liées à l’usage d’Internet en vigueur à Cuba. La tactique est simple : initier le développement du réseau social en fédérant les audiences cibles autour de contenus neutres et objectifs tels que le football ou des informations sur les ouragans. Puis, une fois un certain seuil franchi, il s’agissait de commencer à distiller des propos plus politiques incitant à la mobilisation contre le gouvernement en place et utiliser les données privées des utilisateurs ainsi recueillies pour leur communiquer des messages politiques. Parmi les références considérées pour initier un tel projet, la Moldavie et les Philippines, où le pouvoir des messages de type SMS avait été remarqué dans l’émergence de mobilisations politiques. Et évidemment, l’Iran, et sa « révolution Twitter », probable modèle considéré comme reproductible ? La construction de l’opération est à mille lieues d’avoir été hasardeuse et comporte plusieurs éléments similaires aux manœuvres d’influence corporate pouvant émerger des intellects des spin doctors. Selon les documents que l’AP déclare avoir consulté, l’équipe derrière ZunZuneo pouvait envoyer des "blasts informatifs" à ses membres, sur le même modèle que celui des opérations marketing d’envoi de newsletters. L’AP révèle par ailleurs que la population cubaine a été divisée en 5 segments cibles, selon le degré de loyauté au gouvernement et donc aux propriétés réceptives hétérogènes. Afin de bien comprendre ces segments, l’équipe de ZunZuneo a demandé leurs avis à 100 000 cubains sur la pertinence, pour deux groupes de musique de participer à un grand concert en faveur de la paix. En fonction des réponses, ZunZuneo pouvait caractériser l’échantillon ainsi contacté et adapter la teneur de ses propos. Tout le but de l’opération semble avoir été d’influencer chaque audience afin de l’orienter vers des dispositions politiques...

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De la parodie à la paranoïa : Facebook et le cas italien
Mar19

De la parodie à la paranoïa : Facebook et le cas italien

Sur Facebook (et plus largement le Web social), on sait que les rumeurs, même les plus infondées, côtoient les informations fiables. Mais que se passe-t-il quand les ouï-dire dépassent le stade de la simple parodie pour devenir des thèses crédibles, parfois reprises dans les media ? C’est à cette question qu’un chercheur de l’université de Boston, Walter Quattrociocchi, a essayé de répondre en se focalisant sur le cas d’une information, initialement parodique, qui a réussi à dépasser « la sphère de l’invraisemblable ».   Comment une loi fictive a ébranlé le web italien « Le sénat italien a voté et approuvé, à 257 voix et 165 abstentions, une loi proposée par le Sénateur Cirenga débloquant une enveloppe de 134 milliards d’euros afin d’aider les élus politiques à trouver du travail en cas de défaite électorale ». Cette phrase, accompagnée d’une image, est apparu en 2013 durant les élections italiennes et est rapidement devenu viral. Partagé plus de 35,000 fois en moins d’un mois, cité dans la presse nationale, l’impact de l’article sur la presse italienne est indéniable. Seul problème, il est monté de toutes pièces. Plusieurs incohérences viennent d’ailleurs le souligner et plombent la cohérence même de cette publication : Le sénateur à l’origine de cette loi n’existe pas, Le nombre total de votants est impossible à atteindre dans le système politique italien, constitué de 315 sénateurs (contre 422 dans l’article), Le montant de l’enveloppe, supérieure à 10% du PIB italien, est peu vraisemblable, La loi n’a évidemment jamais existé. Hélas, ces multiples incohérences n’ont pas suffi à rétablir la vérité : depuis 2013, cette loi fictive serait citée comme un exemple de corruption de la classe politique italienne. Et selon Walter Quattrociocchi, chercheur à l’université de Boston qui a étudié ce cas particulier, les théoriciens du complot ont beaucoup participé à la propagation de cette fausse rumeur. Plus surprenant, la mécanique de diffusion de ce message laisse planer le doute d’une désinformation volontaire, sinon orchestrée. La publication provient d’une page Facebook identifiée pour ses contenus satiriques et très critiques sur la vie politique italienne : les informations produites ont ensuite été reprises par une page spécialisée « s’intéressant » aux questions politiques, avant d’être exploités par des opposants nationalistes.   Comment de fausses informations pénètrent la sphère du vraisemblable A la tête d’une équipe de chercheurs, Walter Quattrociocchi a étudié le cas du sénat italien pour montrer comment des personnes ordinaires interagissent avec l’information sur Facebook, que celle-ci soit vraie ou fausse. Le champ complet de l’étude a couvert : 2,3 millions de personnes, 3 types de relais d’information, chacun présente sur Facebook : media mainstream, media alternatifs et pages Facebook « activistes », Les « likes », commentaires et la période de discussion...

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